Ateliers audiovisuels pour lutter contre les stéréotypes de genre

Proposition méthodologique
10 juin 2020. Publié par Benoît Labourdette.
Temps de lecture : 3 min  
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Pistes de réflexion et proposition de concepts d’ateliers audiovisuels pour des actions nuancées et utiles, dans l’objectif de la construction d’une pensée critique sur les stéréotypes de genre.

Stéréotypes et domination

Le monde est majoritairement structuré, de longue date, par des rapports de domination (cf. Sapiens, une brève histoire de l’humanité de Yuval Noah Harari, 2015, très facilement lisible par les adolescents, par exemple). Domination de la nature végétale et animale, domination économique, domination professionnelle, domination éducative, et domination genrée, c’est à dire patriarcat. La domination est toujours destructrice.


Mais les rapports de pouvoir et de domination semblent pourtant de prime abord naturels (« le masculin l’emporte sur le féminin »...), alors que ce sont simplement des faits culturels, portés par des représentations, notamment visuelles, que chaque personne reproduit inconsciemment.


Les violences faites aux femmes sont un sujet de société majeur, elles ont d’ailleurs fait parler d’elles pendant le confinement en 2020. Les femmes en sont les principales victimes, mais les enfants et paradoxalement même les hommes auteurs des violences sont aussi victimes des systèmes de représentations qui ont pu les amener à ces actes irréparables. 


Comment traiter des stéréotypes de genre, qui produisent de la domination violente, sans être normatif ? Comment accompagner le cheminement de chaque personne vers l’assouplissement de ses conceptions du monde ? 


La créativité : un outil puissant et ludique

La créativité ludique autour de ces sujets, avec une approche artistique vraiment mise en avant, permet d’aborder ces questions sans susciter de crispations identitaires, car les objets que l’on va créer sont avant tout artistiques. Et la mise en relation des questions de domination dans les rapports femmes-hommes avec les autres espaces de domination permet de produire une hauteur de vue salutaire. Cela ouvre à faire sentir que la question est bien plus vaste qu’il n’y paraît, et rejoint par exemple de très près les enjeux de l’écologie (pensée critique des rapports de domination de la nature, qui sont très destructeurs).


On peut craindre qu’il soit « explosif » de « jouer » avec ces sujets avec des adolescents issus de milieux sociaux dont l’identité est fragilisée par le racisme commun, donc affirmée avec force et rigidité.



 Mes expériences montrent que c’est tout à fait possible, justement en passant par la créativité ludique.

Propositions d’ateliers

J’expérimente depuis longtemps des ateliers audiovisuels autour de la question des stéréotypes de genre. De nouvelles idées et expériences sont toujours à inventer et à explorer. Voici deux propositions concrètes et faciles à mettre en œuvre :

Voix-off :

  • Un groupe de 3 personnes, dans lequel il faut qu’il y ait un moins un homme et une femme.
  • Le film sera tourné en plan-séquence (y-compris titre et générique de fin).
  • L’homme est filmé, comme une interview classique. Mais, à côté de la caméra, une femme fait la voix, et l’homme ne fait que bouger les lèvres, en direct.
  • La femme parle de sujets qui lui semblent typiquement féminins.
  • L’homme doit donc, pour une fois, suivre la femme et non l’inverse.
  • Cela se fait en improvisation, l’homme sera surpris par ce qu’il se retrouve à dire.
  • Au moment de la projection, c’est très drôle et ludique. Le dispositif fait qu’on dépasse le jugement, les hommes se découvrent une ouverture au féminin qu’ils ne supposaient pas.
  • Cet atelier doit être proposé dans un groupe où la confiance mutuelle a été préalablement construite.

Films d’animation à partir de papier découpé :

  • On récupère un grand nombre de revues, journaux, publicités, prospectus... que l’on dispose sur une table commune.
  • Chacun.e a une paire de ciseaux, et va découper les images et textes qui l’intéressent, qui l’inspirent, même s’il.elle ne sait pas encore ce qu’il.elle va faire.
  • Puis, individuellement ou par petits groupes, on va imaginer un film, qui sera muet et tourné en plan-séquence, qui agence les images et les textes, en tournant autour des thématiques des relations femmes-hommes.
  • Cette appropriation et détournement des messages existants dans les médias est une façon très ludique de s’approprier les représentations et de prendre de la distance.
  • Le moment de la projection est aussi très important, car les réactions des un.e.s et des autres sont très enrichissantes.
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