Prendre le son en compte dans l’écriture de scénario

7 mars 2019. Publié par Benoît Labourdette.

Un scénario qui donne, à la lecture, la sensation de la bande son du film, aura une puissance d’évocation rare, extrêmement convaincante.

Pensée physiologique du scénario

Un film est, physiologiquement, un objet qui s’adresse à seulement deux de nos sens : vision et audition. Le scénario est la préfiguration du film, son moment et son espace d’invention, et il traite un nombre immense d’éléments. A partir de seulement quelques mots, il doit faire naître dans l’esprit du lecteur : une histoire, des personnages, des costumes, des décors, ambiances sonores, musiques, bruitages, contextes historiques, émotions...

Le son représente 70% du film

Dans l’expérience du spectateur, j’ai coutume de dire que le son représente 70% du film. Pourquoi cette hypothèse, assez basique il est vrai ? Car nous sommes physiologiquement plus libres face à l’image que face au son : il est facile de fermer les yeux, de détourner le regard, mais beaucoup moins de sortir d’un son dans lequel nous sommes plongés. On pourra m’objecter que cela est vrai dans le cas d’un visionnage en salle de cinéma mais beaucoup moins dans le cas d’un visionnage sur téléphone portable par exemple : nous sommes moins beaucoup baignés dans le son (à part si l’on porte un casque audio, auquel cas le son peut être encore meilleur que dans une salle de cinéma). Au demeurant, comme un film peut être vu dans différents contextes, et notamment en étant baigné dans la bande son, le son n’en devient, en aucun cas, un élément secondaire du cinéma.

Imaginez-vous un son strident, heurté, désagréable, sur des images magnifiquement cadrées et éclairées : le film vous sera insupportable en trente secondes et vous sortirez sans doute très rapidement de la salle. Imaginez-vous maintenant des images floues, mal filmées, tremblantes, servies par une bande son magnifique de contrepoints profonds entre musique orchestrale et bruitages réels : vous vivrez une puissante expérience de cinéma. C’est pourquoi je propose cette idée simpliste que le son représente 70% du film. Ce qui ne signifie pas que les 30% du travail sur l’image ne sont pas indispensables, bien-sûr !

Comment écrire le son d’un film ?

Cela n’a rien de compliqué en soi d’écrire, dans son scénario, des évocations sonores. Le tout est d’y penser, et surtout de penser, en se relisant, à ce que nous entendons dans notre tête pendant la lecture.

Au cinéma, on a coutume de séparer le son en quatre « pistes » :

  • Les dialogues : facile dans le scénario. Mais n’hésitez pas à rajouter des indications sur le volume de la voix, l’intonation, l’enrouement, le chuchotement ou le cri, le rythme lent ou rapide de l’élocution...
  • L’ambiance sonore : c’est l’univers sonore dans lequel la scène est plongée. Une rue passante, un marché dans un village, la haute montagne en été, un ruisseau, la mer déchaînée... Indiquez certains détails pour enrichir l’ambiance sonore : le soubresaut du ruisseau, le vent qui s’engouffre, le coup de klaxon... Le lecteur-spectateur aura alors vraiment la sensation « d’y être ».
  • Les bruitages (ou effets sonores) : un coup de pistolet, des bruits de pas, un accident de voiture, le froissement d’un vêtement... nommer le son qui correspond à des actions qui se déroulent dans le film les rend d’autant plus vivantes, réelles, incarnées. Cela fait « vivre » la situation dramatique au lecteur.
  • La musique : la musique est, évidemment, un élément majeur du cinéma, à fortiori dans les films musicaux bien-sûr, mais aussi dans tous les films. Dans le scénario, vous pouvez nommer le morceau ou le type de style musical. Mais n’omettez pas de décrire les effets psychologiques que cette musique produit sur le spectateur. L’angoisse provoquée par la musique stridente, la douceur cotonneuse dans laquelle nous plonge le piano de Chopin, l’énergie que nous procure ce son de dance music techno...

On se rend compte, lorsqu’on « écrit le son » dans son scénario, que ces éléments sonores nouveaux que l’on intègre peuvent, pour certains, du fait qu’on a pris la peine de les décrire, devenir de vrais actants dramaturgiques : le son de la cloche d’école va devenir un élément majeur de la psychologie du personnage, qui interviendra à un moment clé du film, pour amener à une prise de conscience fondamentale dans l’histoire, par exemple.

Bref, en choisissant « d’écrire le son » dans votre scénario, vous vous donnez l’occasion que le son devienne véritablement acteur dans le film. Pour le spectateur final ce sera une sensation cinématographique d’autant plus intense. Pour le lecteur du scénario, sa lecture sera d’un agrément exceptionnel. Et pour le scénariste, c’est l’occasion de trouver de nouvelles idées cinématographiques.