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Kaléidoscopes

Le kaléidoscope propose une vision très « organique » des choses. Comme une métaphore visuelle de la division cellulaire, il ouvre à un champ de perceptions et d’émotions assez peu fréquenté, bien au delà du décoratif qu’il pourrait sembler incarner de prime abord. Cette figure m’a toujours questionné, je vous en propose des explorations cinématographiques.

Perspective accélérée ou ralentie

15 août 2018

Où l’on découvre que l’architecture est bien moins réelle que ce que l’on imaginait.

Un film de Benoît Labourdette (3’57s, 2018).


Perspective accélérée ou ralentie


Perspective accélérée ou ralentie Où l’on découvre que l’architecture est bien moins réelle que ce que l’on imaginait. Un film de Benoît Labourdette (3’57s, 2018). thumbnail Benoît Labourdette

Contenu du film

Ce film consiste en une citation du début du livre Anamorphoses ou Thaumaturgus opticus de Jurgis Baltrušaitis (Flammarion, 1984, collection Les perspectives dépravées), sur des images « dépravées » du Panthéon à Rome.

Références

Quelques références, qui peuvent éclairer le texte et le film :

  • Platon. Philosophe. -428 à -347 av. JC.
  • Vitruve. Architecte. -90 av. JC à 20 ap. JC.
  • Le Panthéon. Monument à Rome. 125 ap. JC.
  • Jurgis Baltrušaitis. Historien de l’art. 1903 à 1988.

Le texte lu dans le film

Perspective accélérée ou ralentie

La différence entre l’objet et sa vision a retenu les philosophes et les artistes de tous les temps. Platon, dans Le Sophiste, distingue deux arts d’imitation : l’art de copie, reproduisant exactement les formes, et l’art d’évocation, les transposant dans le domaine des apparences. Les grands ouvrages de sculpture ou de peinture paraissent autres qu’ils ne sont : les parties supérieures trop petites, les parties inférieures trop grandes, aussi les figures belles ne le sont-elles plus si l’on conserve leurs véritables proportions. Pour qu’elles le restent, les artistes, se souciant peu de vérité, leur donnent non pas les formes naturelles, mais celles qu’ils jugent les plus heureuses. Il ne s’agit plus de la réalité, mais d’une fiction. « Les œuvres qui, considérées d’un bon point de vue, ressemblent au beau mais qui n’offrent plus, convenablement examinées, la ressemblance qu’elles promettaient sont des fantômes. » Et l’art qui les produit est une fantasmagorie.

Vitruve reprend ce raisonnement, en en tirant des conséquences pratiques. Puisque ce qui est vrai parait faux et que les choses semblent être autrement qu’elles ne sont, il faut ajouter ou retrancher. Pour une façade d’architecture, l’opération consiste a remplacer les droites par les courbes, à épaissir, a surélever, a incliner certaines parties. Il en résulte plusieurs dépravations. Les fûts se dilatent au milieu, les stylobates se bombent, les colonnes des angles se gonflent (d’un cinquantième du diamètre), les architraves tombent en avant (de la douzième partie de leur hauteur).

Sans doute, ne s’agit-il la que de rectifications légeres « pour remédier a l’erreur de la vue ». Mais c’est le même principe de la déformation des formes naturelles ou l’égalité est obtenue par l’inégal et la stabilité par l’ébranlement. L’architecture, conçue de cette façon, n’est pas une stricte réalité mais un fantôme platonicien.

Extrait de « Anamorphoses ou Thaumaturgus opticus » de Jurgis Baltrušaitis (Flammarion, 1984).

Générique

Lecture, images, musique, réalisation de Benoît Labourdette.