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Kaléidoscopes

Le kaléidoscope propose une vision très « organique » des choses. Comme une métaphore visuelle de la division cellulaire, il ouvre à un champ de perceptions et d’émotions assez peu fréquenté, bien au delà du décoratif qu’il pourrait sembler incarner de prime abord. Cette figure m’a toujours questionné, je vous en propose des explorations cinématographiques.

Justice

16 février 2018

Les mystères et paradoxes de la justice, comme autant de traces de mouvements électriques oubliés dans le passé.

Un film de Benoît Labourdette (4’22s, 2018).


Justice


Justice Les mystères et paradoxes de la justice, comme autant de traces de mouvements électriques oubliés dans le passé. Un film de Benoît Labourdette (4’22s, 2018). thumbnail Benoît Labourdette

« C’est un monde électrique sur lequel nous levons le voile. Un monde d’hier, empli de poussière. » (Benoît Labourdette)

Abstraction, narration et motif

L’homme a besoin qu’on lui raconte des histoires pour exercer son processus de symbolisation et ainsi donner sens à ses expériences, construire sa propre vision du monde.

Bien des types d’œuvres, les récits écrits, oraux ou la peinture par exemple, emploient la narration, linéaire ou non, pour prendre le spectateur par la main et l’engager dans une histoire.

L’abstraction, c’est à dire le projet de contact direct et unique de la partie sensible de l’être spectateur à l’œuvre, ne mobilise pas le processus narratif de façon explicite. L’abstraction postule qu’il y a plus que « les histoires », qu’il y a aussi le possible du partage d’un processus de symbolisation dont l’essence se trouverait dans les sens. C’est l’affirmation et la quête, pour le spectateur des œuvres abstraites, d’une ouverture choisie à l’inconscient, au non sens, qui lui permettra de toucher en lui des zones plus profondes. Cela demande au spectateur une posture de lâcher prise, une forme de méditation, pour laisser s’évanouir le sens.

La musique, certaines formes de sculpture, l’architecture ou la contemplation de la nature par exemple sont des pratiques du rapport de l’être à l’abstraction. Dans ce cas, ce qui fait lien n’est plus un axe narratif, c’est un motif. Le refrain, le thème, la répétition du même. Colonnes dans l’architecture, rythme des formes ou des sons, phrases musicales, symétries dans la nature, etc. C’est donc par un rythme, donné par la répétition et la déclinaison d’un motif qu’une forme de symbolisation profonde, méditative, se met en œuvre.

Ici, dans le cadre d’un film, qui suscite à priori l’attente d’une narration (à part s’il est diffusé en boucle dans une exposition par exemple), il y a du motif, dans le visuel et dans les mots, qui sont comme autant de bribes d’histoires. Ma proposition est mixte : abstraite de prime abord, mais proposant d’y projeter sa propre histoire. Ici le projet est que l’histoire qui se raconte soit celle du regardeur, qui se révèle à lui dans les interstices de motifs narratifs parcellaires.