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Documentaires

Qu’est-ce qu’un « documentaire » ? Un regard singulier sur le monde, sur la réalité. Tout film, toute œuvre, au fond, propose une vision du monde, que cela soit par le truchement de la fiction ou pas. D’ailleurs, certains documentaires intègrent de la fiction, et inversement. Alors pourquoi différencier ces deux formes de cinéma ? Peut-être tout simplement pour préciser au spectateur ce qu’il doit attendre de prime abord du film : la proposition de vivre avant tout un rêve dans un imaginaire, ou la proposition de découvrir des pans du monde inconnus, car révélés par un regard unique.

Le capitaine Thanase

22 novembre 1995

Rencontre avec André Malartre. A la découverte d’un inventeur de théâtre.

Un film de Martine Stora et Benoît Labourdette (32’28s, 1995).


Le capitaine Thanase


Le capitaine Thanase Rencontre avec André Malartre. A la découverte d’un inventeur de théâtre. Un film de Martine Stora et Benoît Labourdette (32’28s, 1995). thumbnail Benoît Labourdette

André Malartre (1921-1995) était un inventeur et enseignant de théâtre, travaillant son art dans la transmission, les stages, les spectacles collectifs, les créations théâtrales nombreuses, dans divers cadres, à Caen et en Normandie principalement. Martine Stora qui était l’une de ses grandes amies, m’avait proposé, en 1995, de co-réaliser un documentaire sur lui, figure importante du théâtre contemporain, pourtant méconnue du grand public. Une exposition, « Présence André Malartre », lui est consacrée du 24 novembre 2016 au 4 janvier 2017 à l’Hôtel de Ville de Caen (commissariat : Yves Leroy). A cette occasion, nous avons retrouvé une ancienne copie du film, que voici, qui est l’occasion d’une magnifique leçon de théâtre.

Benoît Labourdette

Café de la Mairie-Place St Sulpice-Paris 1995

Juste un éclat de Vie


- André, nous souhaitons, avec Benoît, réaliser un film, un portrait de toi portant sur l’intégralité de ton travail de créateur, de poète, d’enseignant.
- Tu vas me poser des tas de questions alors ?
- Oui.
- Mais tu sais bien que moi aussi j’aime poser des questions.

Je savais et connaissais André Malartre pudique, discret. Il n’aimait pas parler de lui, préférant se concentrer sur les autres. Mais il accueillit avec joie cette proposition.
Toutefois, à notre première réunion de travail il se montra joueur et provocateur ! Il arriva, muni d’un monceau de papiers, de dossiers de presse, de textes poétiques et de son « précieux book » comme il aimait à dire. Il avait décidé de mener la danse et ne sut que me poser des questions, sur mon travail (sachant que nous préparions un autre documentaire sur Paul Virilio), sur mes supposées vacances que je devais prendre, me laissant très peu la parole, esquivant par ce biais à parler de sa propre personne.
Il m’avait prévenu. Je tentais quelques approches…

- André, ton tout premier choc théâtral dont tu m’as déjà parlé… la poésie…
- Dis-moi, toi pourquoi tu aimes tant les poètes ?

Je riais et compris qu’il lui fallait du temps avant de s’élancer.
Par la suite enthousiasme, humour, vitalité, intensité furent les maîtres mots de nos rencontres autour de la préparation de « son » film.
C’est dans cette atmosphère que se déroulèrent des entretiens réguliers au 1er étage du Café de la Mairie, Place St Sulpice, en amont du tournage, entre le mois de mars et le mois d’octobre 1995 lors de ses venues à Paris.

Plus le temps passait, plus je sentais l’urgence du tournage car malgré les enregistrements retranscrits où le simples notes couchées sur le papier, le fort impact de ses propos, sa voix, sa posture, sa façon de communiquer, son plaisir à parler de sa recherche théâtrale, de la transmission à ses élèves, sa présence, appelaient la caméra.

Le tournage eut lieu en novembre 1995 au Théâtre d’Alençon, que dirigeait alors Jean-Claude Collot, ancien élève et fidèle ami.
L’ambiance fut à la fois concentrée, légère et très gaie.

Puis, pour diverses raisons, indépendantes de notre volonté, Benoît Labourdette et moi-même avons pris du retard dans le montage. Nous avions prévu de le terminer en septembre.

Dans une lettre qu’André Malartre m’adressa en date du 3 septembre 1995, il m’écrivit …. « C’est la rentrée, je vais reprendre mes voyages parisiens… Je serai mardi prochain au vernissage de l’exposition de notre amie Colette Klein « Dans le ventre du Ciel ». J’espère t’y voir, c’est le mardi 12 septembre à partir de 18h…oui, en effet, ce serait bien que vous ayez fini le portrait vers le 15 septembre. Nous pourrions ainsi prévoir un calendrier d’activités autour du film… »

Je garde de cet ami précieux l’immense joie d’avoir partagé en poésie tous ces éclats de vie.

Martine Stora

L’absence aide la puissance
et parcourt un sentier souterrain
plus rude que la nuit

Imprévue
une flambée comme un but
pourtant tout recommence au-delà

« De la mort à l’amour » extrait – poème d’André Malartre-Editions La Bruyère.

Diffusions

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