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Documentaires

Qu’est-ce qu’un « documentaire » ? Un regard singulier sur le monde, sur la réalité. Tout film, toute œuvre, au fond, propose une vision du monde, que cela soit par le truchement de la fiction ou pas. D’ailleurs, certains documentaires intègrent de la fiction, et inversement. Alors pourquoi différencier ces deux formes de cinéma ? Peut-être tout simplement pour préciser au spectateur ce qu’il doit attendre de prime abord du film : la proposition de vivre avant tout un rêve dans un imaginaire, ou la proposition de découvrir des pans du monde inconnus, car révélés par un regard unique.

Chaosmos

18 juin 2014

Filmer la peinture de Richard Texier avec un drone...

Un film de Richard Texier et Benoît Labourdette (8’51s, 2014).


Chaosmos


Chaosmos Filmer la peinture de Richard Texier avec un drone... Un film de Richard Texier et Benoît Labourdette (8’51s, 2014). thumbnail Benoît Labourdette

Filmer du ciel

La caméra qui volète, déjà, autour de nous, la caméra guerrière, la caméra-angoisse, mais bientôt la caméra quotidienne, qui nous regarde, du point de vue de l’absence de corps, d’incarnation, de l’absence de regard même, de l’absence de quelque intentionnalité que ce soit, à part l’intentionnalité du fantasme de surveillance généralisée, c’est à dire du fantasme de non coupure. Non coupure du lien, du « cordon », fantasme de toute puissance de l’enfant non encore symboliquement séparé de sa mère, que ces caméras hyper-présentes rendent peu à peu possible éternellement : plus jamais de séparation, plus jamais de lien coupé. Alors que la coupure, la perte, la castration symbolique, la dette, sont les conditions même de la possibilité, de par l’existence d’un vide, de la naissance du désir, d’un sujet-désirant, séparé donc désirant. Sans coupure, pas de désir possible. Sans perte, pas de mouvement possible, mais un espace éternellement rassurant, éternellement dense, entier, immobile, comme l’univers avant le big-bang.

Les outils technologiques qui nous donnent de plus en plus d’ubiquité du regard produisent aussi le risque d’une destruction progressive du désir, donc de l’existence, donc de la vie elle-même.

Enregistrer le film

C’est pourquoi il s’est posé comme une évidence, à partir du désir de faire un film ensemble, qu’il fallait filmer ces tableaux là, qui étaient là, dans l’atelier de Richard Texier, avec un drone, une caméra qui vole. Et puis qu’il fallait que Richard Texier parle. Et il ne s’est pas passé par hasard que le titre des ces trois tableaux est « Chaosmos », en référence à Gilles Deleuze : Chaos et Cosmos. La question du désir, du possible de son émergence.

Monter le film

Ces images de vent, dans lesquelles la caméra bouge sans arrêt, animée qu’elle est par les mouvements invisibles de la nature (vents, air chaud, reflux...) sont impossibles à monter, dans le sens habituel du terme. On ne peut pas les raccorder. J’ai donc dû inventer là un univers visuel, une façon différente d’assembler les images, de les organiser pour le regard de l’autre.