Accueil > Films > Courts métrages > Madeleine

Courts métrages

Je réalise des courts métrages comme un peintre fait des tableaux, dans une démarche généralement individuelle, loin des pratiques académiques de fabrication du cinéma. Certains films sont réalisés de façon très spontanée, d’autres peuvent prendre des années à mûrir. J’explore la rencontre entre l’image et le monde. Je vous propose des expériences de cinéma, qui bien souvent racontent aussi des histoires...

Madeleine

26 décembre 2010

Nostalgie musicale dans le métro à Toronto.

Un film de Benoît Labourdette (3’24, 2010).


Madeleine


Madeleine Nostalgie musicale dans le métro à Toronto. Un film de Benoît Labourdette (3’24, 2010). thumbnail Benoît Labourdette

Structure du film

Le titre de départ de ce film était « Souvenir ». Le film est constitué de deux parties : le début, une femme de dos dans un couloir, une musique de blues nostalgique au loin. Et puis la femme disparaît dans la matière de l’image, car elle s’est mise à courir, et on arrive au niveau du musicien. Là on se rend compte, par l’image, par le choix de donner de l’argent au musicien, par la musique qui devient très présente, par l’axe qui s’inverse (on était en travelling avant, on passe en travelling arrière), que la première partie du film était en fait un fantasme, un souvenir, en tous cas pas la réalité.

La musique

C’est la musique, présente au loin, qui a rendu présente l’image de cette femme. Cette musique, juste entendue, a eu l’effet de nous replonger dans le sentiment exact du passé.

Proust...

Cela m’a évoqué, bien-sûr, la madeleine de Proust, cette fameuse scène dans laquelle il décrit que manger une madeleine le replonge dans les sensations exactes de son enfance perdue.

C’est pourquoi j’ai nommé cette femme Madeleine... un film sur le sentiment de la nostalgie.

Ce film est né de la rencontre bien réelle avec ce musicien et cette passante, rencontre dans laquelle la caméra, mobile, était présente, agissante. Le film s’appuie donc sur cette vérité d’un moment partagé. Et il a fallu un important travail de post-production pour en construire la forme.

Le travail de l’image et du son

Sur la thématique de la nostalgie, il y a dans ce film un travail très précis sur le noir et blanc (qui n’est pas exactement du noir et blanc, mais un sépia très travaillé), le grain de l’image (qui est animé de mouvements différents en fonction des moments de l’émotion), le mouvement (les vitesses de défilement varient tout le temps, en fonction de l’émotion et du synchronisme avec la musique), le montage et l’étalonnage (qui varie aussi dans de très fortes proportions dans ce film très court).

Cependant la vérité du moment de la captation, la force de la rencontre subtile avec le musicien, cette fragilité qui fait la beauté, n’est pas trahie par le travail de post-production. Il y a une importante post-production, mais il y a toujours les points d’ancrage au réel, et notamment le point de synchronisme exact entre l’image et le son, qui se situe en plein milieu du film, autour duquel le film « tourne ».

Le projet de ce travail formel est de faire sentir dans le temps présent la nostalgie, la disparition qui s’opère des personnages que l’on est pourtant en train de voir. Tenter de construire la sensation physique de ce paradoxe par la forme audiovisuelle.

Informations complémentaires

J’ai tourné ce film dans le métro de Toronto - Canada, novembre 2010.

Diffusions