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Ateliers drones

Le drone se « démocratise », commence à entrer dans notre quotidien. Le monde vu d’en haut, le monde réel vu par cet oeil volant, désincarné, comme dans notre vision des mondes virtuels... notre représentation du monde change, du fait de ce nouveau « regard », qui se répand.

Mais quel est le point de vue de cet oeil désincarné ? Quel positionnement politique porte-t-il ? Quelles nouvelles esthétiques en découlent ? Quels rapports au corps, au territoire, à l’architecture s’y déploient ? Bref, que se passe-t-il pour notre vision du monde ?

Il me semble important d’explorer l’usage de ces machines dans leur dimension d’objets de production d’images. Des workshops pour des usages détournés, créatifs, distanciés, pour ne pas perdre l’esprit critique !

Ville de Choisy-le-Roi : atelier drone dans un quartier

21 décembre 2016

Atelier audiovisuel avec drone pour de jeunes habitants de la cité des Navigateurs à Choisy-le-Roi, dans le cadre d’un projet artistique pluridisciplinaire.

Dans le cadre du projet de renouvellement urbain du quartier Sud à Choisy-le-Roi, plusieurs actions successives ont pris place entre septembre 2016 et juillet 2017. Myriam Drosne et Marie Ann Thrân, deux artistes de la compagnie Paris Concert, ont initié et coordonné ce projet, « Etre là et par là aux Navigateurs » dans le but de permettre aux habitants de redécouvrir et de se réapproprier leur quartier par le biais de différents médiums artistiques (arts plastiques, installation, photographie, cinéma). Le blog du projet : http://declicatelier.blogspot.fr/

C’est ainsi que pendant deux jours, Benoît Labourdette est intervenu auprès d’un groupe de jeunes dans le but de faire des films. Une volonté d’éducation aux images s’inscrivant plus largement dans un projet citoyen.

L’imprévu

L’atelier se déroula pendant deux jours, en semaine, lors des vacances de Noël. Dans un tel projet, il est souvent difficile de constituer un groupe de participants assidus et impliqués du début à la fin. De fait, sur la quinzaine de jeunes inscrits, seulement un tiers se présente le premier jour. Réalisant qu’il allait être compliqué de réaliser un film dans ces conditions, Benoît choisit de tenir compte de ces contraintes et réinvente l’atelier sur place. Il se saisit alors d’une opportunité qui s’offre à lui : la fascination des jeunes face au drone qu’il avait apporté. C’est décidé, chaque participant va tourner lui-même un plan-séquence avec le drone. Ce dispositif permettra à chacun de prendre part au projet, quelles que soient ses disponibilités, et offrira également la place à de nouveaux venus. Car le drone interpelle et suscite la curiosité des jeunes passants, alors invités à se joindre à l’aventure.

La création

Très rapidement, la place est donnée à la création. Un des participants prend les commandes du drone, les autres sont les acteurs du film. Chaque film se situe au croisement entre expérimentation et découverte. Le film final devient alors la trace du processus de création de chacun. À l’issue de chaque tournage, le groupe revient à la « Maison des projets » (bureau de l’équipe du renouvellement urbain, également lieu de l’atelier) et découvre les images. Ce temps est l’occasion d’établir un dialogue spontané sur l’expérience qu’ils viennent de vivre et ainsi soulever des enjeux d’éducation aux images de manière informelle. Le drone, appareil bruyant, n’enregistre pas le son. Benoît propose alors aux jeunes de créer la bande son du film, qui est enregistrée en improvisation, d’une traite, devant les images. Cette dimension sonore est un point intéressant à aborder lors d’un tel atelier dans la mesure où créer des images et des sons séparément amène à une réflexion sur le langage audiovisuel. Si le temps le permet, cela peut être l’occasion de travailler une narration plus aboutie en réinventant complètement l’univers sonore.
Enfin, Benoît Labourdette monte rapidement le film devant les participants, collant la bande son, le titre choisi collectivement ainsi que le générique. Le film final est alors regardé une dernière fois. Il sera mis en ligne le soir même pour que les jeunes puissent se le réapproprier.

L’encadrement

La posture de l’encadrant dans un atelier de réalisation avec un drone se situe entre maîtrise et prise de risque, à l’instar de cet objet à la fois commandé et autonome. Il est ici réellement question de vivre une expérience à plusieurs, en ce sens que personne ne maîtrise totalement la situation et qu’ainsi, chacun se trouve dans une dynamique d’apprentissage et de découverte. En laissant les jeunes contrôler le drone, Benoît choisit de leur faire confiance, de les responsabiliser. Si l’enjeu est fort pour les participants, saisis par cet objet impressionnant, il n’en est pas moins grand pour l’encadrant qui prend le risque que son drone soit détruit ou perdu. Mais c’est un risque qu’il lui semble nécessaire de prendre afin de se situer dans le même état d’expérimentation que les participants, et ainsi privilégier une posture horizontale. Quand il sent qu’une erreur va arriver, il laisse le jeune la faire au lieu de tenter de l’éviter. Ainsi, à deux reprises des situations leur ont permis de se retrouver tous ensemble face à un problème à résoudre : retrouver le drone sur le toit d’un garage, ou récupérer la connexion perdue en grimpant sur un grillage. Tout en gardant une certaine maîtrise de la situation, il assume sa prise de risque et instaure une confiance mutuelle, gage d’une solide construction psychosociale.
Cette idée est d’autant plus forte qu’elle permet d’apprendre en valorisant les compétences de chacun. En vivant une expérience, chacun se retrouve face à des sensations, des situations nouvelles. Une place est donc laissée à chaque individu et l’atelier se construit en fonction de ce que chacun y apporte.

« Autopilotage »

Si les films réalisés peuvent paraître assez simples de par le procédé du plan-séquence, l’improvisation et la maîtrise approximative du médium, ils ont en réalité été vecteurs d’un réel intérêt pédagogique en terme d’éducation aux images. En pilotant eux-mêmes les drones, les participants se sont véritablement réappropriés leur espace quotidien à travers l’image. En plus de (re)découvrir leur quartier de manière singulière et d’un point de vue nouveau, ils se sont emparés de l’image de façon ludique, construisant leurs propres représentations de cette cité, bientôt disparue. Ils sont ainsi devenus auteurs d’une mémoire singulière, qui prendra encore plus de sens et de la valeur une fois le quartier réaménagé. C’est ainsi le processus de création et ce que le participant retient de par son expérience qui sont mis au cœur du projet.

Sélection de films

Tous les films réalisés lors de cet atelier sont disponibles ici : http://www.benoitlabourdette.com/_d.... En voici une sélection :

  • Dans Bâtiment Jacques Cartier, la dimension d’exploration est assez présente. Ce n’est plus la découverte de l’objet drone qui prime, mais davantage celle du quartier. Les jeunes se servent de l’inconnu pour redécouvrir le connu.
  • C’est le discours des jeunes qui est particulièrement marquant dans Bâtiment Champlain. En décrivant les images, ils finissent par aller plus loin, découvrant des lieux, créant des liens entre ce qu’ils voient et ce qu’ils connaissent.
  • La Vue du ciel est un film où le discours des jeunes commence à évoluer. Jusqu’à présent, ils étaient dans la description sur le vif des éléments représentés à l’image. Ici, la dimension sonore est travaillée, les voix off racontent leur expérience. Les jeunes se servent de ce qu’ils ont vécu durant le tournage pour aller plus loin lors de l’enregistrement du son, témoignant d’une prise de recul et d’une appropriation des images.
  • L’Attaque des extra-terrestres témoigne d’une volonté de s’emparer du drone pour raconter des histoires. C’est le film où la dimension narrative est la plus forte. En devenant une forme extra-terrestre, le drone suscite à la fois la curiosité des habitants, mais devient également figure d’explorateur, posant un regard neuf sur le quartier.

Alice Posiere


Bâtiment Jacques Cartier


Bâtiment Jacques Cartier Atelier audiovisuel avec drone pour de jeunes habitants de la cité des Navigateurs à Choisy-le-Roi, dans le cadre d’un projet artistique pluridisciplinaire. Dans le cadre du projet de renouvellement urbain du quartier Sud à Choisy-le-Roi, plusieurs actions successives ont pris place entre septembre 2016 et juillet 2017. Myriam Drosne et Marie Ann Thrân, deux artistes de la compagnie Paris Concert, ont initié et coordonné ce projet, « Etre là et par là aux Navigateurs » dans le but de permettre aux habitants de redécouvrir et de se réapproprier leur quartier par le biais de différents médiums artistiques (arts plastiques, installation, photographie, cinéma). Le blog du projet : http://declicatelier.blogspot.fr/ C’est ainsi que pendant deux jours, Benoît Labourdette est intervenu auprès d’un groupe de jeunes dans le but de faire des films. Une volonté d’éducation aux images s’inscrivant plus largement dans un projet citoyen.

L’imprévu

L’atelier se déroula pendant deux jours, en semaine, lors des vacances de Noël. Dans un tel projet, il est souvent difficile de constituer un groupe de participants assidus et impliqués du début à la fin. De fait, sur la quinzaine de jeunes inscrits, seulement un tiers se présente le premier jour. Réalisant qu’il allait être compliqué de réaliser un film dans ces conditions, Benoît choisit de tenir compte de ces contraintes et réinvente l’atelier sur place. Il se saisit alors d’une opportunité qui s’offre à lui : la fascination des jeunes face au drone qu’il avait apporté. C’est décidé, chaque participant va tourner lui-même un plan-séquence avec le drone. Ce dispositif permettra à chacun de prendre part au projet, quelles que soient ses disponibilités, et offrira également la place à de nouveaux venus. Car le drone interpelle et suscite la curiosité des jeunes passants, alors invités à se joindre à l’aventure.

La création

Très rapidement, la place est donnée à la création. Un des participants prend les commandes du drone, les autres sont les acteurs du film. Chaque film se situe au croisement entre expérimentation et découverte. Le film final devient alors la trace du processus de création de chacun. À l’issue de chaque tournage, le groupe revient à la « Maison des projets » (bureau de l’équipe du renouvellement urbain, également lieu de l’atelier) et découvre les images. Ce temps est l’occasion d’établir un dialogue spontané sur l’expérience qu’ils viennent de vivre et ainsi soulever des enjeux d’éducation aux images de manière informelle. Le drone, appareil bruyant, n’enregistre pas le son. Benoît propose alors aux jeunes de créer la bande son du film, qui est enregistrée en improvisation, d’une traite, devant les images. Cette dimension sonore est un point intéressant à aborder lors d’un tel atelier dans la mesure où créer des images et des sons séparément amène à une réflexion sur le langage audiovisuel. Si le temps le permet, cela peut être l’occasion de travailler une narration plus aboutie en réinventant complètement l’univers sonore.
Enfin, Benoît Labourdette monte rapidement le film devant les participants, collant la bande son, le titre choisi collectivement ainsi que le générique. Le film final est alors regardé une dernière fois. Il sera mis en ligne le soir même pour que les jeunes puissent se le réapproprier.

L’encadrement

La posture de l’encadrant dans un atelier de réalisation avec un drone se situe entre maîtrise et prise de risque, à l’instar de cet objet à la fois commandé et autonome. Il est ici réellement question de vivre une expérience à plusieurs, en ce sens que personne ne maîtrise totalement la situation et qu’ainsi, chacun se trouve dans une dynamique d’apprentissage et de découverte. En laissant les jeunes contrôler le drone, Benoît choisit de leur faire confiance, de les responsabiliser. Si l’enjeu est fort pour les participants, saisis par cet objet impressionnant, il n’en est pas moins grand pour l’encadrant qui prend le risque que son drone soit détruit ou perdu. Mais c’est un risque qu’il lui semble nécessaire de prendre afin de se situer dans le même état d’expérimentation que les participants, et ainsi privilégier une posture horizontale. Quand il sent qu’une erreur va arriver, il laisse le jeune la faire au lieu de tenter de l’éviter. Ainsi, à deux reprises des situations leur ont permis de se retrouver tous ensemble face à un problème à résoudre : retrouver le drone sur le toit d’un garage, ou récupérer la connexion perdue en grimpant sur un grillage. Tout en gardant une certaine maîtrise de la situation, il assume sa prise de risque et instaure une confiance mutuelle, gage d’une solide construction psychosociale.
Cette idée est d’autant plus forte qu’elle permet d’apprendre en valorisant les compétences de chacun. En vivant une expérience, chacun se retrouve face à des sensations, des situations nouvelles. Une place est donc laissée à chaque individu et l’atelier se construit en fonction de ce que chacun y apporte.

« Autopilotage »

Si les films réalisés peuvent paraître assez simples de par le procédé du plan-séquence, l’improvisation et la maîtrise approximative du médium, ils ont en réalité été vecteurs d’un réel intérêt pédagogique en terme d’éducation aux images. En pilotant eux-mêmes les drones, les participants se sont véritablement réappropriés leur espace quotidien à travers l’image. En plus de (re)découvrir leur quartier de manière singulière et d’un point de vue nouveau, ils se sont emparés de l’image de façon ludique, construisant leurs propres représentations de cette cité, bientôt disparue. Ils sont ainsi devenus auteurs d’une mémoire singulière, qui prendra encore plus de sens et de la valeur une fois le quartier réaménagé. C’est ainsi le processus de création et ce que le participant retient de par son expérience qui sont mis au cœur du projet.

Sélection de films

Tous les films réalisés lors de cet atelier sont disponibles ici : http://www.benoitlabourdette.com/_d.... En voici une sélection :
  • Dans Bâtiment Jacques Cartier, la dimension d’exploration est assez présente. Ce n’est plus la découverte de l’objet drone qui prime, mais davantage celle du quartier. Les jeunes se servent de l’inconnu pour redécouvrir le connu.
  • C’est le discours des jeunes qui est particulièrement marquant dans Bâtiment Champlain. En décrivant les images, ils finissent par aller plus loin, découvrant des lieux, créant des liens entre ce qu’ils voient et ce qu’ils connaissent.
  • La Vue du ciel est un film où le discours des jeunes commence à évoluer. Jusqu’à présent, ils étaient dans la description sur le vif des éléments représentés à l’image. Ici, la dimension sonore est travaillée, les voix off racontent leur expérience. Les jeunes se servent de ce qu’ils ont vécu durant le tournage pour aller plus loin lors de l’enregistrement du son, témoignant d’une prise de recul et d’une appropriation des images.
  • L’Attaque des extra-terrestres témoigne d’une volonté de s’emparer du drone pour raconter des histoires. C’est le film où la dimension narrative est la plus forte. En devenant une forme extra-terrestre, le drone suscite à la fois la curiosité des habitants, mais devient également figure d’explorateur, posant un regard neuf sur le quartier.
Alice Posiere
thumbnail Benoît Labourdette

Bâtiment Champlain


Bâtiment Champlain Atelier audiovisuel avec drone pour de jeunes habitants de la cité des Navigateurs à Choisy-le-Roi, dans le cadre d’un projet artistique pluridisciplinaire. Dans le cadre du projet de renouvellement urbain du quartier Sud à Choisy-le-Roi, plusieurs actions successives ont pris place entre septembre 2016 et juillet 2017. Myriam Drosne et Marie Ann Thrân, deux artistes de la compagnie Paris Concert, ont initié et coordonné ce projet, « Etre là et par là aux Navigateurs » dans le but de permettre aux habitants de redécouvrir et de se réapproprier leur quartier par le biais de différents médiums artistiques (arts plastiques, installation, photographie, cinéma). Le blog du projet : http://declicatelier.blogspot.fr/ C’est ainsi que pendant deux jours, Benoît Labourdette est intervenu auprès d’un groupe de jeunes dans le but de faire des films. Une volonté d’éducation aux images s’inscrivant plus largement dans un projet citoyen.

L’imprévu

L’atelier se déroula pendant deux jours, en semaine, lors des vacances de Noël. Dans un tel projet, il est souvent difficile de constituer un groupe de participants assidus et impliqués du début à la fin. De fait, sur la quinzaine de jeunes inscrits, seulement un tiers se présente le premier jour. Réalisant qu’il allait être compliqué de réaliser un film dans ces conditions, Benoît choisit de tenir compte de ces contraintes et réinvente l’atelier sur place. Il se saisit alors d’une opportunité qui s’offre à lui : la fascination des jeunes face au drone qu’il avait apporté. C’est décidé, chaque participant va tourner lui-même un plan-séquence avec le drone. Ce dispositif permettra à chacun de prendre part au projet, quelles que soient ses disponibilités, et offrira également la place à de nouveaux venus. Car le drone interpelle et suscite la curiosité des jeunes passants, alors invités à se joindre à l’aventure.

La création

Très rapidement, la place est donnée à la création. Un des participants prend les commandes du drone, les autres sont les acteurs du film. Chaque film se situe au croisement entre expérimentation et découverte. Le film final devient alors la trace du processus de création de chacun. À l’issue de chaque tournage, le groupe revient à la « Maison des projets » (bureau de l’équipe du renouvellement urbain, également lieu de l’atelier) et découvre les images. Ce temps est l’occasion d’établir un dialogue spontané sur l’expérience qu’ils viennent de vivre et ainsi soulever des enjeux d’éducation aux images de manière informelle. Le drone, appareil bruyant, n’enregistre pas le son. Benoît propose alors aux jeunes de créer la bande son du film, qui est enregistrée en improvisation, d’une traite, devant les images. Cette dimension sonore est un point intéressant à aborder lors d’un tel atelier dans la mesure où créer des images et des sons séparément amène à une réflexion sur le langage audiovisuel. Si le temps le permet, cela peut être l’occasion de travailler une narration plus aboutie en réinventant complètement l’univers sonore.
Enfin, Benoît Labourdette monte rapidement le film devant les participants, collant la bande son, le titre choisi collectivement ainsi que le générique. Le film final est alors regardé une dernière fois. Il sera mis en ligne le soir même pour que les jeunes puissent se le réapproprier.

L’encadrement

La posture de l’encadrant dans un atelier de réalisation avec un drone se situe entre maîtrise et prise de risque, à l’instar de cet objet à la fois commandé et autonome. Il est ici réellement question de vivre une expérience à plusieurs, en ce sens que personne ne maîtrise totalement la situation et qu’ainsi, chacun se trouve dans une dynamique d’apprentissage et de découverte. En laissant les jeunes contrôler le drone, Benoît choisit de leur faire confiance, de les responsabiliser. Si l’enjeu est fort pour les participants, saisis par cet objet impressionnant, il n’en est pas moins grand pour l’encadrant qui prend le risque que son drone soit détruit ou perdu. Mais c’est un risque qu’il lui semble nécessaire de prendre afin de se situer dans le même état d’expérimentation que les participants, et ainsi privilégier une posture horizontale. Quand il sent qu’une erreur va arriver, il laisse le jeune la faire au lieu de tenter de l’éviter. Ainsi, à deux reprises des situations leur ont permis de se retrouver tous ensemble face à un problème à résoudre : retrouver le drone sur le toit d’un garage, ou récupérer la connexion perdue en grimpant sur un grillage. Tout en gardant une certaine maîtrise de la situation, il assume sa prise de risque et instaure une confiance mutuelle, gage d’une solide construction psychosociale.
Cette idée est d’autant plus forte qu’elle permet d’apprendre en valorisant les compétences de chacun. En vivant une expérience, chacun se retrouve face à des sensations, des situations nouvelles. Une place est donc laissée à chaque individu et l’atelier se construit en fonction de ce que chacun y apporte.

« Autopilotage »

Si les films réalisés peuvent paraître assez simples de par le procédé du plan-séquence, l’improvisation et la maîtrise approximative du médium, ils ont en réalité été vecteurs d’un réel intérêt pédagogique en terme d’éducation aux images. En pilotant eux-mêmes les drones, les participants se sont véritablement réappropriés leur espace quotidien à travers l’image. En plus de (re)découvrir leur quartier de manière singulière et d’un point de vue nouveau, ils se sont emparés de l’image de façon ludique, construisant leurs propres représentations de cette cité, bientôt disparue. Ils sont ainsi devenus auteurs d’une mémoire singulière, qui prendra encore plus de sens et de la valeur une fois le quartier réaménagé. C’est ainsi le processus de création et ce que le participant retient de par son expérience qui sont mis au cœur du projet.

Sélection de films

Tous les films réalisés lors de cet atelier sont disponibles ici : http://www.benoitlabourdette.com/_d.... En voici une sélection :
  • Dans Bâtiment Jacques Cartier, la dimension d’exploration est assez présente. Ce n’est plus la découverte de l’objet drone qui prime, mais davantage celle du quartier. Les jeunes se servent de l’inconnu pour redécouvrir le connu.
  • C’est le discours des jeunes qui est particulièrement marquant dans Bâtiment Champlain. En décrivant les images, ils finissent par aller plus loin, découvrant des lieux, créant des liens entre ce qu’ils voient et ce qu’ils connaissent.
  • La Vue du ciel est un film où le discours des jeunes commence à évoluer. Jusqu’à présent, ils étaient dans la description sur le vif des éléments représentés à l’image. Ici, la dimension sonore est travaillée, les voix off racontent leur expérience. Les jeunes se servent de ce qu’ils ont vécu durant le tournage pour aller plus loin lors de l’enregistrement du son, témoignant d’une prise de recul et d’une appropriation des images.
  • L’Attaque des extra-terrestres témoigne d’une volonté de s’emparer du drone pour raconter des histoires. C’est le film où la dimension narrative est la plus forte. En devenant une forme extra-terrestre, le drone suscite à la fois la curiosité des habitants, mais devient également figure d’explorateur, posant un regard neuf sur le quartier.
Alice Posiere
thumbnail Benoît Labourdette

L’Attaque des extra-terrestres (film de Riheb)


L’Attaque des extra-terrestres (film de Riheb) Atelier audiovisuel avec drone pour de jeunes habitants de la cité des Navigateurs à Choisy-le-Roi, dans le cadre d’un projet artistique pluridisciplinaire. Dans le cadre du projet de renouvellement urbain du quartier Sud à Choisy-le-Roi, plusieurs actions successives ont pris place entre septembre 2016 et juillet 2017. Myriam Drosne et Marie Ann Thrân, deux artistes de la compagnie Paris Concert, ont initié et coordonné ce projet, « Etre là et par là aux Navigateurs » dans le but de permettre aux habitants de redécouvrir et de se réapproprier leur quartier par le biais de différents médiums artistiques (arts plastiques, installation, photographie, cinéma). Le blog du projet : http://declicatelier.blogspot.fr/ C’est ainsi que pendant deux jours, Benoît Labourdette est intervenu auprès d’un groupe de jeunes dans le but de faire des films. Une volonté d’éducation aux images s’inscrivant plus largement dans un projet citoyen.

L’imprévu

L’atelier se déroula pendant deux jours, en semaine, lors des vacances de Noël. Dans un tel projet, il est souvent difficile de constituer un groupe de participants assidus et impliqués du début à la fin. De fait, sur la quinzaine de jeunes inscrits, seulement un tiers se présente le premier jour. Réalisant qu’il allait être compliqué de réaliser un film dans ces conditions, Benoît choisit de tenir compte de ces contraintes et réinvente l’atelier sur place. Il se saisit alors d’une opportunité qui s’offre à lui : la fascination des jeunes face au drone qu’il avait apporté. C’est décidé, chaque participant va tourner lui-même un plan-séquence avec le drone. Ce dispositif permettra à chacun de prendre part au projet, quelles que soient ses disponibilités, et offrira également la place à de nouveaux venus. Car le drone interpelle et suscite la curiosité des jeunes passants, alors invités à se joindre à l’aventure.

La création

Très rapidement, la place est donnée à la création. Un des participants prend les commandes du drone, les autres sont les acteurs du film. Chaque film se situe au croisement entre expérimentation et découverte. Le film final devient alors la trace du processus de création de chacun. À l’issue de chaque tournage, le groupe revient à la « Maison des projets » (bureau de l’équipe du renouvellement urbain, également lieu de l’atelier) et découvre les images. Ce temps est l’occasion d’établir un dialogue spontané sur l’expérience qu’ils viennent de vivre et ainsi soulever des enjeux d’éducation aux images de manière informelle. Le drone, appareil bruyant, n’enregistre pas le son. Benoît propose alors aux jeunes de créer la bande son du film, qui est enregistrée en improvisation, d’une traite, devant les images. Cette dimension sonore est un point intéressant à aborder lors d’un tel atelier dans la mesure où créer des images et des sons séparément amène à une réflexion sur le langage audiovisuel. Si le temps le permet, cela peut être l’occasion de travailler une narration plus aboutie en réinventant complètement l’univers sonore.
Enfin, Benoît Labourdette monte rapidement le film devant les participants, collant la bande son, le titre choisi collectivement ainsi que le générique. Le film final est alors regardé une dernière fois. Il sera mis en ligne le soir même pour que les jeunes puissent se le réapproprier.

L’encadrement

La posture de l’encadrant dans un atelier de réalisation avec un drone se situe entre maîtrise et prise de risque, à l’instar de cet objet à la fois commandé et autonome. Il est ici réellement question de vivre une expérience à plusieurs, en ce sens que personne ne maîtrise totalement la situation et qu’ainsi, chacun se trouve dans une dynamique d’apprentissage et de découverte. En laissant les jeunes contrôler le drone, Benoît choisit de leur faire confiance, de les responsabiliser. Si l’enjeu est fort pour les participants, saisis par cet objet impressionnant, il n’en est pas moins grand pour l’encadrant qui prend le risque que son drone soit détruit ou perdu. Mais c’est un risque qu’il lui semble nécessaire de prendre afin de se situer dans le même état d’expérimentation que les participants, et ainsi privilégier une posture horizontale. Quand il sent qu’une erreur va arriver, il laisse le jeune la faire au lieu de tenter de l’éviter. Ainsi, à deux reprises des situations leur ont permis de se retrouver tous ensemble face à un problème à résoudre : retrouver le drone sur le toit d’un garage, ou récupérer la connexion perdue en grimpant sur un grillage. Tout en gardant une certaine maîtrise de la situation, il assume sa prise de risque et instaure une confiance mutuelle, gage d’une solide construction psychosociale.
Cette idée est d’autant plus forte qu’elle permet d’apprendre en valorisant les compétences de chacun. En vivant une expérience, chacun se retrouve face à des sensations, des situations nouvelles. Une place est donc laissée à chaque individu et l’atelier se construit en fonction de ce que chacun y apporte.

« Autopilotage »

Si les films réalisés peuvent paraître assez simples de par le procédé du plan-séquence, l’improvisation et la maîtrise approximative du médium, ils ont en réalité été vecteurs d’un réel intérêt pédagogique en terme d’éducation aux images. En pilotant eux-mêmes les drones, les participants se sont véritablement réappropriés leur espace quotidien à travers l’image. En plus de (re)découvrir leur quartier de manière singulière et d’un point de vue nouveau, ils se sont emparés de l’image de façon ludique, construisant leurs propres représentations de cette cité, bientôt disparue. Ils sont ainsi devenus auteurs d’une mémoire singulière, qui prendra encore plus de sens et de la valeur une fois le quartier réaménagé. C’est ainsi le processus de création et ce que le participant retient de par son expérience qui sont mis au cœur du projet.

Sélection de films

Tous les films réalisés lors de cet atelier sont disponibles ici : http://www.benoitlabourdette.com/_d.... En voici une sélection :
  • Dans Bâtiment Jacques Cartier, la dimension d’exploration est assez présente. Ce n’est plus la découverte de l’objet drone qui prime, mais davantage celle du quartier. Les jeunes se servent de l’inconnu pour redécouvrir le connu.
  • C’est le discours des jeunes qui est particulièrement marquant dans Bâtiment Champlain. En décrivant les images, ils finissent par aller plus loin, découvrant des lieux, créant des liens entre ce qu’ils voient et ce qu’ils connaissent.
  • La Vue du ciel est un film où le discours des jeunes commence à évoluer. Jusqu’à présent, ils étaient dans la description sur le vif des éléments représentés à l’image. Ici, la dimension sonore est travaillée, les voix off racontent leur expérience. Les jeunes se servent de ce qu’ils ont vécu durant le tournage pour aller plus loin lors de l’enregistrement du son, témoignant d’une prise de recul et d’une appropriation des images.
  • L’Attaque des extra-terrestres témoigne d’une volonté de s’emparer du drone pour raconter des histoires. C’est le film où la dimension narrative est la plus forte. En devenant une forme extra-terrestre, le drone suscite à la fois la curiosité des habitants, mais devient également figure d’explorateur, posant un regard neuf sur le quartier.
Alice Posiere
thumbnail Benoît Labourdette

La vue du ciel (film de Sid Ahmed)


La vue du ciel (film de Sid Ahmed) Atelier audiovisuel avec drone pour de jeunes habitants de la cité des Navigateurs à Choisy-le-Roi, dans le cadre d’un projet artistique pluridisciplinaire. Dans le cadre du projet de renouvellement urbain du quartier Sud à Choisy-le-Roi, plusieurs actions successives ont pris place entre septembre 2016 et juillet 2017. Myriam Drosne et Marie Ann Thrân, deux artistes de la compagnie Paris Concert, ont initié et coordonné ce projet, « Etre là et par là aux Navigateurs » dans le but de permettre aux habitants de redécouvrir et de se réapproprier leur quartier par le biais de différents médiums artistiques (arts plastiques, installation, photographie, cinéma). Le blog du projet : http://declicatelier.blogspot.fr/ C’est ainsi que pendant deux jours, Benoît Labourdette est intervenu auprès d’un groupe de jeunes dans le but de faire des films. Une volonté d’éducation aux images s’inscrivant plus largement dans un projet citoyen.

L’imprévu

L’atelier se déroula pendant deux jours, en semaine, lors des vacances de Noël. Dans un tel projet, il est souvent difficile de constituer un groupe de participants assidus et impliqués du début à la fin. De fait, sur la quinzaine de jeunes inscrits, seulement un tiers se présente le premier jour. Réalisant qu’il allait être compliqué de réaliser un film dans ces conditions, Benoît choisit de tenir compte de ces contraintes et réinvente l’atelier sur place. Il se saisit alors d’une opportunité qui s’offre à lui : la fascination des jeunes face au drone qu’il avait apporté. C’est décidé, chaque participant va tourner lui-même un plan-séquence avec le drone. Ce dispositif permettra à chacun de prendre part au projet, quelles que soient ses disponibilités, et offrira également la place à de nouveaux venus. Car le drone interpelle et suscite la curiosité des jeunes passants, alors invités à se joindre à l’aventure.

La création

Très rapidement, la place est donnée à la création. Un des participants prend les commandes du drone, les autres sont les acteurs du film. Chaque film se situe au croisement entre expérimentation et découverte. Le film final devient alors la trace du processus de création de chacun. À l’issue de chaque tournage, le groupe revient à la « Maison des projets » (bureau de l’équipe du renouvellement urbain, également lieu de l’atelier) et découvre les images. Ce temps est l’occasion d’établir un dialogue spontané sur l’expérience qu’ils viennent de vivre et ainsi soulever des enjeux d’éducation aux images de manière informelle. Le drone, appareil bruyant, n’enregistre pas le son. Benoît propose alors aux jeunes de créer la bande son du film, qui est enregistrée en improvisation, d’une traite, devant les images. Cette dimension sonore est un point intéressant à aborder lors d’un tel atelier dans la mesure où créer des images et des sons séparément amène à une réflexion sur le langage audiovisuel. Si le temps le permet, cela peut être l’occasion de travailler une narration plus aboutie en réinventant complètement l’univers sonore.
Enfin, Benoît Labourdette monte rapidement le film devant les participants, collant la bande son, le titre choisi collectivement ainsi que le générique. Le film final est alors regardé une dernière fois. Il sera mis en ligne le soir même pour que les jeunes puissent se le réapproprier.

L’encadrement

La posture de l’encadrant dans un atelier de réalisation avec un drone se situe entre maîtrise et prise de risque, à l’instar de cet objet à la fois commandé et autonome. Il est ici réellement question de vivre une expérience à plusieurs, en ce sens que personne ne maîtrise totalement la situation et qu’ainsi, chacun se trouve dans une dynamique d’apprentissage et de découverte. En laissant les jeunes contrôler le drone, Benoît choisit de leur faire confiance, de les responsabiliser. Si l’enjeu est fort pour les participants, saisis par cet objet impressionnant, il n’en est pas moins grand pour l’encadrant qui prend le risque que son drone soit détruit ou perdu. Mais c’est un risque qu’il lui semble nécessaire de prendre afin de se situer dans le même état d’expérimentation que les participants, et ainsi privilégier une posture horizontale. Quand il sent qu’une erreur va arriver, il laisse le jeune la faire au lieu de tenter de l’éviter. Ainsi, à deux reprises des situations leur ont permis de se retrouver tous ensemble face à un problème à résoudre : retrouver le drone sur le toit d’un garage, ou récupérer la connexion perdue en grimpant sur un grillage. Tout en gardant une certaine maîtrise de la situation, il assume sa prise de risque et instaure une confiance mutuelle, gage d’une solide construction psychosociale.
Cette idée est d’autant plus forte qu’elle permet d’apprendre en valorisant les compétences de chacun. En vivant une expérience, chacun se retrouve face à des sensations, des situations nouvelles. Une place est donc laissée à chaque individu et l’atelier se construit en fonction de ce que chacun y apporte.

« Autopilotage »

Si les films réalisés peuvent paraître assez simples de par le procédé du plan-séquence, l’improvisation et la maîtrise approximative du médium, ils ont en réalité été vecteurs d’un réel intérêt pédagogique en terme d’éducation aux images. En pilotant eux-mêmes les drones, les participants se sont véritablement réappropriés leur espace quotidien à travers l’image. En plus de (re)découvrir leur quartier de manière singulière et d’un point de vue nouveau, ils se sont emparés de l’image de façon ludique, construisant leurs propres représentations de cette cité, bientôt disparue. Ils sont ainsi devenus auteurs d’une mémoire singulière, qui prendra encore plus de sens et de la valeur une fois le quartier réaménagé. C’est ainsi le processus de création et ce que le participant retient de par son expérience qui sont mis au cœur du projet.

Sélection de films

Tous les films réalisés lors de cet atelier sont disponibles ici : http://www.benoitlabourdette.com/_d.... En voici une sélection :
  • Dans Bâtiment Jacques Cartier, la dimension d’exploration est assez présente. Ce n’est plus la découverte de l’objet drone qui prime, mais davantage celle du quartier. Les jeunes se servent de l’inconnu pour redécouvrir le connu.
  • C’est le discours des jeunes qui est particulièrement marquant dans Bâtiment Champlain. En décrivant les images, ils finissent par aller plus loin, découvrant des lieux, créant des liens entre ce qu’ils voient et ce qu’ils connaissent.
  • La Vue du ciel est un film où le discours des jeunes commence à évoluer. Jusqu’à présent, ils étaient dans la description sur le vif des éléments représentés à l’image. Ici, la dimension sonore est travaillée, les voix off racontent leur expérience. Les jeunes se servent de ce qu’ils ont vécu durant le tournage pour aller plus loin lors de l’enregistrement du son, témoignant d’une prise de recul et d’une appropriation des images.
  • L’Attaque des extra-terrestres témoigne d’une volonté de s’emparer du drone pour raconter des histoires. C’est le film où la dimension narrative est la plus forte. En devenant une forme extra-terrestre, le drone suscite à la fois la curiosité des habitants, mais devient également figure d’explorateur, posant un regard neuf sur le quartier.
Alice Posiere
thumbnail Benoît Labourdette