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Ateliers drones

Le drone se « démocratise », commence à entrer dans notre quotidien. Le monde vu d’en haut, le monde réel vu par cet oeil volant, désincarné, comme dans notre vision des mondes virtuels... notre représentation du monde change, du fait de ce nouveau « regard », qui se répand.

Mais quel est le point de vue de cet oeil désincarné ? Quel positionnement politique porte-t-il ? Quelles nouvelles esthétiques en découlent ? Quels rapports au corps, au territoire, à l’architecture s’y déploient ? Bref, que se passe-t-il pour notre vision du monde ?

Il me semble important d’explorer l’usage de ces machines dans leur dimension d’objets de production d’images. Des workshops pour des usages détournés, créatifs, distanciés, pour ne pas perdre l’esprit critique !

La Compagnie, lieu de création Marseille : workshop drone

22 octobre 2014

Inventer des formes artistiques, filmées avec drone.

La Compagnie, lieu de création contemporaine à Marseille, dirigée par Paul-Emmanuel Odin, m’a invité pour proposer aux jeunes du quartier, central et très populaire de Marseille où elle se trouve, un workshop de création audiovisuelle avec drone.

Pendant trois jours, des jeunes gens, de tous âges et horizons, sont venus, pour des moments plus ou moins longs, expérimenter en ma compagnie un travail d’imagination avec le regard étrange de cet objet volant, qui entre en ce moment doucement dans notre quotidien.

Le sens d’un atelier audiovisuel avec drone

Le drone, longtemps seulement objet militaire de surveillance et de mort (principalement depuis la guerre du Golfe dans les années 1990), est depuis quelques années aussi un objet d’aide à l’agriculture, à l’archéologie, de prise de vue, et bientôt un objet « social », de prise de vue personnelle, ou de livraison, de commerce (les Etats Unis ouvrant leur espace aérien à l’usage commercial à partir de septembre 2015), etc. Il fait aussi des images, et se dirige par cette vision « en immersion » (on voit, à distance, ce que voit le drone). C’est donc aussi un objet de représentation du monde, dont le « regard » va faire de plus en plus partie de notre vie. Mais quel est ce regard ? D’où regarde-t-on ? On sait aujourd’hui que nous vivons une partie de notre vie dans les images, notamment celles que nous produisons, et diffusons quotidiennement. Mais alors, quelles sont ces nouvelles images, qui vont changer notre vie ?

Il me semble que proposer à des personnes de s’approprier ces images, d’inventer, d’écrire avec, de détourner les usages premiers de ces appareils, de jouer avec, est non seulement ludique, créatif, un lieu nouveau d’expression et de sujets, mais est aussi très important pour construire notre propre relation, libre, à ces nouveaux modes de représentation en train de se construire en ce moment, sans qu’on en ait bien conscience.

Le « monde vu d’en haut » est une représentation, via la cartographie notamment, que nous utilisons au quotidien, qui fait partie de notre imaginaire collectif, mais dont la fabrication nous échappe, est préemptée par des grandes industries. Si l’on fait, soi-même, des images vues d’en haut, c’est une relation assez saisissante, une « prise de pouvoir », une démystification, très enrichissante, à fortiori si, avec ces images, on essaie de construire et transmettre quelque chose de sensible, son imaginaire, aux autres.

Le « regard désincarné » de ces machines est une vision qui emplit de plus en plus notre imagerie. En effet, avant le drone, lorsqu’on filmait ou que l’on prenait une photo, il y avait un corps derrière l’appareil de prise de vue. Si quelqu’un regarde l’objectif, sur une photo, c’est qu’il regarde le photographe qui est derrière. Ainsi, l’image était incarnée. Par contre, dans un univers virtuel (jeu en 3D par exemple), l’on place la caméra où l’on veut, pour voir son propre corps transposé, son avatar. Donc l’image que l’on voit n’est plus incarnée, elle est flottante, « désincarnée ». Le drone, qui est une sorte de programme ayant pris corps (car c’est par le logiciel, analysant de façon automatique les informations qui lui arrivent de multiples capteurs, qui pilote quatre hélices, qu’il se dirige et se place où il veut dans l’espace), nous fait donc voir notre monde réel par le regard virtuel… Alors qui regarde ? Où est-on, quand on voit ces images ? Qui est-on, peut-être, puisque le partage du regard ne passe plus par un corps physique ? Que devient notre corps, dans ce monde ?

C’est pour aborder, par la créativité, toutes ces questions, que se déploie, pour moi, le sens d’un tel type d’atelier proposé à des jeunes.

Le souffle du regard...

Dans ce workshop, les groupes ne venant parfois que pour peu de temps, j’ai conçu, et adapté en fonction des publics, des propositions de création collective, concrètes, ludiques et productives, que je vous résume ici de façon synthétique, et dont vous pouvez voir (plus bas dans la page) quelques unes des expériences filmées qui en résultent.

L’objectif donné aux participants était, explicitement, de créer, avec cet objet, de courts films, qui allaient être présentés publiquement le soir du dernier jour du workshop.

Paul-Emmanuel Odin nous a fait remarquer que lorsqu’on est filmé avec un drone, les hélices, qui tournent très vite et font un grand vent, nous soufflent dessus. Ainsi, c’est un regard qui nous souffle dessus. Etonnante métaphore philosophique, quand on sait que (merci à Chantal Deckmyn), la racine du mot « psyché » (l’esprit) est « psy- », c’est à dire le souffle. Le souffle de l’esprit, ce mouvement qui entraîne le langage, matérialisé dans le dispositif de fabrication d’images par les drones.

Les propositions de travail

Au fil du travail, nous avons exploré, inventé, ces propositions, ici synthétisées. Certaines sont reprises dans les films visibles plus bas.

  • Les présentations. Etre filmé d’en haut, par cet oeil de surveillance. Regarder ces images collectivement. Puis, collectivement aussi, chacun prend la parole, dit son nom et ce qui lui fait peur.
  • Parler au drone. S’adresser à cet oeil volant comme si c’était quelqu’un.
  • Séparer image et son : post-synchronisation. Comme le drone n’enregistre pas le son, nous faisons de la post-synchronisation, bruitages et paroles, collectivement, sur les images muettes.
  • Séparer image et son : son direct. L’un des acteurs prend le magnétophone, qui est donc pleinement distinct de l’appareil de prise de vue. Le son est synchrone, parfois on entend le drone, parfois pas, mais surtout on entend d’autres choses que ce qui est montré, car on peut entendre ce que l’on ne voit pas, en fonction des déplacements de la personne.
  • La guerre. Représentation de la guerre, filmée d’en haut, chacun, au sol, ayant son territoire, dans une bataille de polochons !
  • Filmer notre territoire. Filmer d’en haut, découvrir l’univers quotidien dans un autre point de vue, auquel nous n’avons généralement pas droit.
  • Filmer le jeu. Jouer au foot, filmer quoi ? Filmer la balle, abattre le drone avec la balle. Jouer au basket...
  • Le vent. Lorsque le drone s’envole, il chasse les feuilles autour de lui. Poésie de l’action de l’oeil sur le monde.
  • Suivre. Suivre le mouvement de quelqu’un. Beaucoup plus difficile à faire qu’il n’y paraît.
  • Exercices de style. Prendre un sujet commun, des footballeurs en l’occurence, et les filmer, chacun à sa façon, certains regardant d’au dessus, d’autres faisant un parcours entre eux, d’autres encore regardant de l’extérieur.
  • Piloter ensemble. En intérieur, un participant tient la tablette qui permet de contrôler le drone, dont l’image est reprise en vidéoprojection, donc tout le monde voit en direct l’image produite, et peut intervenir, débattre sur les images que l’on souhaite faire, être saisi par la différence entre regard intérieur et regard extérieur.
  • Apprendre à piloter. Tout simplement, entrer matériellement dans cette abstraction particulière qui consiste à porter son regard d’ailleurs que de son propre corps. Certains sont très à l’aise tout de suite, donc ont plus à travailler.
  • Organiser la projection. La projection est le moment le plus important, sans doute, car il donne sens et finalité au travail réalisé. Préparer la salle, faire des gateaux, accueillir, parler avant la projection, sont des gestes symboliques très importants.

L’image ne se donne pas

Il est vraiment difficile de piloter, de cadrer en même temps, avec tous les impondérables, liés à la maîtrise d’une technique, tout de même encore relativement rudimentaire, et aux éléments, obstacles vent, arbres, barrières, murs, maisons, angles des rues, escaliers...

A un moment même, à la fin du deuxième jour du workshop, à la faveur d’un grand coup de vent, le drone est allé s’abîmer sur le toit d’un immeuble de cinq étages. Nous en avions perdu le contrôle. L’objet, non seulement, nous avait échappé, peut-être pour toujours, mais contenait aussi les images du tournage de la journée. Il a fallu, avec les jeunes, aller en quête, concrète, des images : comprendre de quel immeuble il s’agissait, l’entrée étant dans une autre rue, trouver les gens qui habitent au dernier étage, puis, de chez eux, grimper sur le toit (je m’en suis occupé...), et y ramper pour continuer la quête, pendant que le mistral montait, à la nuit, ne pas le trouver, et finalement, apercevoir, au loin, les deux petites DEL rouges de la machine, pour enfin réussir à le rapporter !

L’équipe

J’étais, au quotidien, accompagné par Tristan Fraipont, artiste et responsable des ateliers à La Compagnie, pour inventer au fil des heures le travail et son sens avec les participants, dans une très belle collaboration. Dehors, par exemple, des jeunes gens, non inscrits à l’atelier, sont venus rejoindre la dynamique et ont continué l’atelier.

Parmi les participants, Mohamed Louarma, jeune homme de 17 ans qui a beaucoup piloté le drone, et Sand, jeune artiste marseillaise, très impliquée, aussi dans la création sonore et les montages des films.

Films réalisés

Toutes les expériences n’ont pas donné lieu à des films finalisés, voici ceux qui furent présentés lors de la séance de restitution du workshop.


Présentations


Présentations Inventer des formes artistiques, filmées avec drone. La Compagnie, lieu de création contemporaine à Marseille, dirigée par Paul-Emmanuel Odin, m’a invité pour proposer aux jeunes du quartier, central et très populaire de Marseille où elle se trouve, un workshop de création audiovisuelle avec drone. Pendant trois jours, des jeunes gens, de tous âges et horizons, sont venus, pour des moments plus ou moins longs, expérimenter en ma compagnie un travail d’imagination avec le regard étrange de cet objet volant, qui entre en ce moment doucement dans notre quotidien.

Le sens d’un atelier audiovisuel avec drone

Le drone, longtemps seulement objet militaire de surveillance et de mort (principalement depuis la guerre du Golfe dans les années 1990), est depuis quelques années aussi un objet d’aide à l’agriculture, à l’archéologie, de prise de vue, et bientôt un objet « social », de prise de vue personnelle, ou de livraison, de commerce (les Etats Unis ouvrant leur espace aérien à l’usage commercial à partir de septembre 2015), etc. Il fait aussi des images, et se dirige par cette vision « en immersion » (on voit, à distance, ce que voit le drone). C’est donc aussi un objet de représentation du monde, dont le « regard » va faire de plus en plus partie de notre vie. Mais quel est ce regard ? D’où regarde-t-on ? On sait aujourd’hui que nous vivons une partie de notre vie dans les images, notamment celles que nous produisons, et diffusons quotidiennement. Mais alors, quelles sont ces nouvelles images, qui vont changer notre vie ? Il me semble que proposer à des personnes de s’approprier ces images, d’inventer, d’écrire avec, de détourner les usages premiers de ces appareils, de jouer avec, est non seulement ludique, créatif, un lieu nouveau d’expression et de sujets, mais est aussi très important pour construire notre propre relation, libre, à ces nouveaux modes de représentation en train de se construire en ce moment, sans qu’on en ait bien conscience. Le « monde vu d’en haut » est une représentation, via la cartographie notamment, que nous utilisons au quotidien, qui fait partie de notre imaginaire collectif, mais dont la fabrication nous échappe, est préemptée par des grandes industries. Si l’on fait, soi-même, des images vues d’en haut, c’est une relation assez saisissante, une « prise de pouvoir », une démystification, très enrichissante, à fortiori si, avec ces images, on essaie de construire et transmettre quelque chose de sensible, son imaginaire, aux autres. Le « regard désincarné » de ces machines est une vision qui emplit de plus en plus notre imagerie. En effet, avant le drone, lorsqu’on filmait ou que l’on prenait une photo, il y avait un corps derrière l’appareil de prise de vue. Si quelqu’un regarde l’objectif, sur une photo, c’est qu’il regarde le photographe qui est derrière. Ainsi, l’image était incarnée. Par contre, dans un univers virtuel (jeu en 3D par exemple), l’on place la caméra où l’on veut, pour voir son propre corps transposé, son avatar. Donc l’image que l’on voit n’est plus incarnée, elle est flottante, « désincarnée ». Le drone, qui est une sorte de programme ayant pris corps (car c’est par le logiciel, analysant de façon automatique les informations qui lui arrivent de multiples capteurs, qui pilote quatre hélices, qu’il se dirige et se place où il veut dans l’espace), nous fait donc voir notre monde réel par le regard virtuel… Alors qui regarde ? Où est-on, quand on voit ces images ? Qui est-on, peut-être, puisque le partage du regard ne passe plus par un corps physique ? Que devient notre corps, dans ce monde ? C’est pour aborder, par la créativité, toutes ces questions, que se déploie, pour moi, le sens d’un tel type d’atelier proposé à des jeunes.

Le souffle du regard...

Dans ce workshop, les groupes ne venant parfois que pour peu de temps, j’ai conçu, et adapté en fonction des publics, des propositions de création collective, concrètes, ludiques et productives, que je vous résume ici de façon synthétique, et dont vous pouvez voir (plus bas dans la page) quelques unes des expériences filmées qui en résultent. L’objectif donné aux participants était, explicitement, de créer, avec cet objet, de courts films, qui allaient être présentés publiquement le soir du dernier jour du workshop. Paul-Emmanuel Odin nous a fait remarquer que lorsqu’on est filmé avec un drone, les hélices, qui tournent très vite et font un grand vent, nous soufflent dessus. Ainsi, c’est un regard qui nous souffle dessus. Etonnante métaphore philosophique, quand on sait que (merci à Chantal Deckmyn), la racine du mot « psyché » (l’esprit) est « psy- », c’est à dire le souffle. Le souffle de l’esprit, ce mouvement qui entraîne le langage, matérialisé dans le dispositif de fabrication d’images par les drones.

Les propositions de travail

Au fil du travail, nous avons exploré, inventé, ces propositions, ici synthétisées. Certaines sont reprises dans les films visibles plus bas.
  • Les présentations. Etre filmé d’en haut, par cet oeil de surveillance. Regarder ces images collectivement. Puis, collectivement aussi, chacun prend la parole, dit son nom et ce qui lui fait peur.
  • Parler au drone. S’adresser à cet oeil volant comme si c’était quelqu’un.
  • Séparer image et son : post-synchronisation. Comme le drone n’enregistre pas le son, nous faisons de la post-synchronisation, bruitages et paroles, collectivement, sur les images muettes.
  • Séparer image et son : son direct. L’un des acteurs prend le magnétophone, qui est donc pleinement distinct de l’appareil de prise de vue. Le son est synchrone, parfois on entend le drone, parfois pas, mais surtout on entend d’autres choses que ce qui est montré, car on peut entendre ce que l’on ne voit pas, en fonction des déplacements de la personne.
  • La guerre. Représentation de la guerre, filmée d’en haut, chacun, au sol, ayant son territoire, dans une bataille de polochons !
  • Filmer notre territoire. Filmer d’en haut, découvrir l’univers quotidien dans un autre point de vue, auquel nous n’avons généralement pas droit.
  • Filmer le jeu. Jouer au foot, filmer quoi ? Filmer la balle, abattre le drone avec la balle. Jouer au basket...
  • Le vent. Lorsque le drone s’envole, il chasse les feuilles autour de lui. Poésie de l’action de l’oeil sur le monde.
  • Suivre. Suivre le mouvement de quelqu’un. Beaucoup plus difficile à faire qu’il n’y paraît.
  • Exercices de style. Prendre un sujet commun, des footballeurs en l’occurence, et les filmer, chacun à sa façon, certains regardant d’au dessus, d’autres faisant un parcours entre eux, d’autres encore regardant de l’extérieur.
  • Piloter ensemble. En intérieur, un participant tient la tablette qui permet de contrôler le drone, dont l’image est reprise en vidéoprojection, donc tout le monde voit en direct l’image produite, et peut intervenir, débattre sur les images que l’on souhaite faire, être saisi par la différence entre regard intérieur et regard extérieur.
  • Apprendre à piloter. Tout simplement, entrer matériellement dans cette abstraction particulière qui consiste à porter son regard d’ailleurs que de son propre corps. Certains sont très à l’aise tout de suite, donc ont plus à travailler.
  • Organiser la projection. La projection est le moment le plus important, sans doute, car il donne sens et finalité au travail réalisé. Préparer la salle, faire des gateaux, accueillir, parler avant la projection, sont des gestes symboliques très importants.

L’image ne se donne pas

Il est vraiment difficile de piloter, de cadrer en même temps, avec tous les impondérables, liés à la maîtrise d’une technique, tout de même encore relativement rudimentaire, et aux éléments, obstacles vent, arbres, barrières, murs, maisons, angles des rues, escaliers... A un moment même, à la fin du deuxième jour du workshop, à la faveur d’un grand coup de vent, le drone est allé s’abîmer sur le toit d’un immeuble de cinq étages. Nous en avions perdu le contrôle. L’objet, non seulement, nous avait échappé, peut-être pour toujours, mais contenait aussi les images du tournage de la journée. Il a fallu, avec les jeunes, aller en quête, concrète, des images : comprendre de quel immeuble il s’agissait, l’entrée étant dans une autre rue, trouver les gens qui habitent au dernier étage, puis, de chez eux, grimper sur le toit (je m’en suis occupé...), et y ramper pour continuer la quête, pendant que le mistral montait, à la nuit, ne pas le trouver, et finalement, apercevoir, au loin, les deux petites DEL rouges de la machine, pour enfin réussir à le rapporter !

L’équipe

J’étais, au quotidien, accompagné par Tristan Fraipont, artiste et responsable des ateliers à La Compagnie, pour inventer au fil des heures le travail et son sens avec les participants, dans une très belle collaboration. Dehors, par exemple, des jeunes gens, non inscrits à l’atelier, sont venus rejoindre la dynamique et ont continué l’atelier. Parmi les participants, Mohamed Louarma, jeune homme de 17 ans qui a beaucoup piloté le drone, et Sand, jeune artiste marseillaise, très impliquée, aussi dans la création sonore et les montages des films.

Films réalisés

Toutes les expériences n’ont pas donné lieu à des films finalisés, voici ceux qui furent présentés lors de la séance de restitution du workshop.
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Cache-cache Inventer des formes artistiques, filmées avec drone. La Compagnie, lieu de création contemporaine à Marseille, dirigée par Paul-Emmanuel Odin, m’a invité pour proposer aux jeunes du quartier, central et très populaire de Marseille où elle se trouve, un workshop de création audiovisuelle avec drone. Pendant trois jours, des jeunes gens, de tous âges et horizons, sont venus, pour des moments plus ou moins longs, expérimenter en ma compagnie un travail d’imagination avec le regard étrange de cet objet volant, qui entre en ce moment doucement dans notre quotidien.

Le sens d’un atelier audiovisuel avec drone

Le drone, longtemps seulement objet militaire de surveillance et de mort (principalement depuis la guerre du Golfe dans les années 1990), est depuis quelques années aussi un objet d’aide à l’agriculture, à l’archéologie, de prise de vue, et bientôt un objet « social », de prise de vue personnelle, ou de livraison, de commerce (les Etats Unis ouvrant leur espace aérien à l’usage commercial à partir de septembre 2015), etc. Il fait aussi des images, et se dirige par cette vision « en immersion » (on voit, à distance, ce que voit le drone). C’est donc aussi un objet de représentation du monde, dont le « regard » va faire de plus en plus partie de notre vie. Mais quel est ce regard ? D’où regarde-t-on ? On sait aujourd’hui que nous vivons une partie de notre vie dans les images, notamment celles que nous produisons, et diffusons quotidiennement. Mais alors, quelles sont ces nouvelles images, qui vont changer notre vie ? Il me semble que proposer à des personnes de s’approprier ces images, d’inventer, d’écrire avec, de détourner les usages premiers de ces appareils, de jouer avec, est non seulement ludique, créatif, un lieu nouveau d’expression et de sujets, mais est aussi très important pour construire notre propre relation, libre, à ces nouveaux modes de représentation en train de se construire en ce moment, sans qu’on en ait bien conscience. Le « monde vu d’en haut » est une représentation, via la cartographie notamment, que nous utilisons au quotidien, qui fait partie de notre imaginaire collectif, mais dont la fabrication nous échappe, est préemptée par des grandes industries. Si l’on fait, soi-même, des images vues d’en haut, c’est une relation assez saisissante, une « prise de pouvoir », une démystification, très enrichissante, à fortiori si, avec ces images, on essaie de construire et transmettre quelque chose de sensible, son imaginaire, aux autres. Le « regard désincarné » de ces machines est une vision qui emplit de plus en plus notre imagerie. En effet, avant le drone, lorsqu’on filmait ou que l’on prenait une photo, il y avait un corps derrière l’appareil de prise de vue. Si quelqu’un regarde l’objectif, sur une photo, c’est qu’il regarde le photographe qui est derrière. Ainsi, l’image était incarnée. Par contre, dans un univers virtuel (jeu en 3D par exemple), l’on place la caméra où l’on veut, pour voir son propre corps transposé, son avatar. Donc l’image que l’on voit n’est plus incarnée, elle est flottante, « désincarnée ». Le drone, qui est une sorte de programme ayant pris corps (car c’est par le logiciel, analysant de façon automatique les informations qui lui arrivent de multiples capteurs, qui pilote quatre hélices, qu’il se dirige et se place où il veut dans l’espace), nous fait donc voir notre monde réel par le regard virtuel… Alors qui regarde ? Où est-on, quand on voit ces images ? Qui est-on, peut-être, puisque le partage du regard ne passe plus par un corps physique ? Que devient notre corps, dans ce monde ? C’est pour aborder, par la créativité, toutes ces questions, que se déploie, pour moi, le sens d’un tel type d’atelier proposé à des jeunes.

Le souffle du regard...

Dans ce workshop, les groupes ne venant parfois que pour peu de temps, j’ai conçu, et adapté en fonction des publics, des propositions de création collective, concrètes, ludiques et productives, que je vous résume ici de façon synthétique, et dont vous pouvez voir (plus bas dans la page) quelques unes des expériences filmées qui en résultent. L’objectif donné aux participants était, explicitement, de créer, avec cet objet, de courts films, qui allaient être présentés publiquement le soir du dernier jour du workshop. Paul-Emmanuel Odin nous a fait remarquer que lorsqu’on est filmé avec un drone, les hélices, qui tournent très vite et font un grand vent, nous soufflent dessus. Ainsi, c’est un regard qui nous souffle dessus. Etonnante métaphore philosophique, quand on sait que (merci à Chantal Deckmyn), la racine du mot « psyché » (l’esprit) est « psy- », c’est à dire le souffle. Le souffle de l’esprit, ce mouvement qui entraîne le langage, matérialisé dans le dispositif de fabrication d’images par les drones.

Les propositions de travail

Au fil du travail, nous avons exploré, inventé, ces propositions, ici synthétisées. Certaines sont reprises dans les films visibles plus bas.
  • Les présentations. Etre filmé d’en haut, par cet oeil de surveillance. Regarder ces images collectivement. Puis, collectivement aussi, chacun prend la parole, dit son nom et ce qui lui fait peur.
  • Parler au drone. S’adresser à cet oeil volant comme si c’était quelqu’un.
  • Séparer image et son : post-synchronisation. Comme le drone n’enregistre pas le son, nous faisons de la post-synchronisation, bruitages et paroles, collectivement, sur les images muettes.
  • Séparer image et son : son direct. L’un des acteurs prend le magnétophone, qui est donc pleinement distinct de l’appareil de prise de vue. Le son est synchrone, parfois on entend le drone, parfois pas, mais surtout on entend d’autres choses que ce qui est montré, car on peut entendre ce que l’on ne voit pas, en fonction des déplacements de la personne.
  • La guerre. Représentation de la guerre, filmée d’en haut, chacun, au sol, ayant son territoire, dans une bataille de polochons !
  • Filmer notre territoire. Filmer d’en haut, découvrir l’univers quotidien dans un autre point de vue, auquel nous n’avons généralement pas droit.
  • Filmer le jeu. Jouer au foot, filmer quoi ? Filmer la balle, abattre le drone avec la balle. Jouer au basket...
  • Le vent. Lorsque le drone s’envole, il chasse les feuilles autour de lui. Poésie de l’action de l’oeil sur le monde.
  • Suivre. Suivre le mouvement de quelqu’un. Beaucoup plus difficile à faire qu’il n’y paraît.
  • Exercices de style. Prendre un sujet commun, des footballeurs en l’occurence, et les filmer, chacun à sa façon, certains regardant d’au dessus, d’autres faisant un parcours entre eux, d’autres encore regardant de l’extérieur.
  • Piloter ensemble. En intérieur, un participant tient la tablette qui permet de contrôler le drone, dont l’image est reprise en vidéoprojection, donc tout le monde voit en direct l’image produite, et peut intervenir, débattre sur les images que l’on souhaite faire, être saisi par la différence entre regard intérieur et regard extérieur.
  • Apprendre à piloter. Tout simplement, entrer matériellement dans cette abstraction particulière qui consiste à porter son regard d’ailleurs que de son propre corps. Certains sont très à l’aise tout de suite, donc ont plus à travailler.
  • Organiser la projection. La projection est le moment le plus important, sans doute, car il donne sens et finalité au travail réalisé. Préparer la salle, faire des gateaux, accueillir, parler avant la projection, sont des gestes symboliques très importants.

L’image ne se donne pas

Il est vraiment difficile de piloter, de cadrer en même temps, avec tous les impondérables, liés à la maîtrise d’une technique, tout de même encore relativement rudimentaire, et aux éléments, obstacles vent, arbres, barrières, murs, maisons, angles des rues, escaliers... A un moment même, à la fin du deuxième jour du workshop, à la faveur d’un grand coup de vent, le drone est allé s’abîmer sur le toit d’un immeuble de cinq étages. Nous en avions perdu le contrôle. L’objet, non seulement, nous avait échappé, peut-être pour toujours, mais contenait aussi les images du tournage de la journée. Il a fallu, avec les jeunes, aller en quête, concrète, des images : comprendre de quel immeuble il s’agissait, l’entrée étant dans une autre rue, trouver les gens qui habitent au dernier étage, puis, de chez eux, grimper sur le toit (je m’en suis occupé...), et y ramper pour continuer la quête, pendant que le mistral montait, à la nuit, ne pas le trouver, et finalement, apercevoir, au loin, les deux petites DEL rouges de la machine, pour enfin réussir à le rapporter !

L’équipe

J’étais, au quotidien, accompagné par Tristan Fraipont, artiste et responsable des ateliers à La Compagnie, pour inventer au fil des heures le travail et son sens avec les participants, dans une très belle collaboration. Dehors, par exemple, des jeunes gens, non inscrits à l’atelier, sont venus rejoindre la dynamique et ont continué l’atelier. Parmi les participants, Mohamed Louarma, jeune homme de 17 ans qui a beaucoup piloté le drone, et Sand, jeune artiste marseillaise, très impliquée, aussi dans la création sonore et les montages des films.

Films réalisés

Toutes les expériences n’ont pas donné lieu à des films finalisés, voici ceux qui furent présentés lors de la séance de restitution du workshop.
thumbnail Benoît Labourdette

Billard


Billard Inventer des formes artistiques, filmées avec drone. La Compagnie, lieu de création contemporaine à Marseille, dirigée par Paul-Emmanuel Odin, m’a invité pour proposer aux jeunes du quartier, central et très populaire de Marseille où elle se trouve, un workshop de création audiovisuelle avec drone. Pendant trois jours, des jeunes gens, de tous âges et horizons, sont venus, pour des moments plus ou moins longs, expérimenter en ma compagnie un travail d’imagination avec le regard étrange de cet objet volant, qui entre en ce moment doucement dans notre quotidien.

Le sens d’un atelier audiovisuel avec drone

Le drone, longtemps seulement objet militaire de surveillance et de mort (principalement depuis la guerre du Golfe dans les années 1990), est depuis quelques années aussi un objet d’aide à l’agriculture, à l’archéologie, de prise de vue, et bientôt un objet « social », de prise de vue personnelle, ou de livraison, de commerce (les Etats Unis ouvrant leur espace aérien à l’usage commercial à partir de septembre 2015), etc. Il fait aussi des images, et se dirige par cette vision « en immersion » (on voit, à distance, ce que voit le drone). C’est donc aussi un objet de représentation du monde, dont le « regard » va faire de plus en plus partie de notre vie. Mais quel est ce regard ? D’où regarde-t-on ? On sait aujourd’hui que nous vivons une partie de notre vie dans les images, notamment celles que nous produisons, et diffusons quotidiennement. Mais alors, quelles sont ces nouvelles images, qui vont changer notre vie ? Il me semble que proposer à des personnes de s’approprier ces images, d’inventer, d’écrire avec, de détourner les usages premiers de ces appareils, de jouer avec, est non seulement ludique, créatif, un lieu nouveau d’expression et de sujets, mais est aussi très important pour construire notre propre relation, libre, à ces nouveaux modes de représentation en train de se construire en ce moment, sans qu’on en ait bien conscience. Le « monde vu d’en haut » est une représentation, via la cartographie notamment, que nous utilisons au quotidien, qui fait partie de notre imaginaire collectif, mais dont la fabrication nous échappe, est préemptée par des grandes industries. Si l’on fait, soi-même, des images vues d’en haut, c’est une relation assez saisissante, une « prise de pouvoir », une démystification, très enrichissante, à fortiori si, avec ces images, on essaie de construire et transmettre quelque chose de sensible, son imaginaire, aux autres. Le « regard désincarné » de ces machines est une vision qui emplit de plus en plus notre imagerie. En effet, avant le drone, lorsqu’on filmait ou que l’on prenait une photo, il y avait un corps derrière l’appareil de prise de vue. Si quelqu’un regarde l’objectif, sur une photo, c’est qu’il regarde le photographe qui est derrière. Ainsi, l’image était incarnée. Par contre, dans un univers virtuel (jeu en 3D par exemple), l’on place la caméra où l’on veut, pour voir son propre corps transposé, son avatar. Donc l’image que l’on voit n’est plus incarnée, elle est flottante, « désincarnée ». Le drone, qui est une sorte de programme ayant pris corps (car c’est par le logiciel, analysant de façon automatique les informations qui lui arrivent de multiples capteurs, qui pilote quatre hélices, qu’il se dirige et se place où il veut dans l’espace), nous fait donc voir notre monde réel par le regard virtuel… Alors qui regarde ? Où est-on, quand on voit ces images ? Qui est-on, peut-être, puisque le partage du regard ne passe plus par un corps physique ? Que devient notre corps, dans ce monde ? C’est pour aborder, par la créativité, toutes ces questions, que se déploie, pour moi, le sens d’un tel type d’atelier proposé à des jeunes.

Le souffle du regard...

Dans ce workshop, les groupes ne venant parfois que pour peu de temps, j’ai conçu, et adapté en fonction des publics, des propositions de création collective, concrètes, ludiques et productives, que je vous résume ici de façon synthétique, et dont vous pouvez voir (plus bas dans la page) quelques unes des expériences filmées qui en résultent. L’objectif donné aux participants était, explicitement, de créer, avec cet objet, de courts films, qui allaient être présentés publiquement le soir du dernier jour du workshop. Paul-Emmanuel Odin nous a fait remarquer que lorsqu’on est filmé avec un drone, les hélices, qui tournent très vite et font un grand vent, nous soufflent dessus. Ainsi, c’est un regard qui nous souffle dessus. Etonnante métaphore philosophique, quand on sait que (merci à Chantal Deckmyn), la racine du mot « psyché » (l’esprit) est « psy- », c’est à dire le souffle. Le souffle de l’esprit, ce mouvement qui entraîne le langage, matérialisé dans le dispositif de fabrication d’images par les drones.

Les propositions de travail

Au fil du travail, nous avons exploré, inventé, ces propositions, ici synthétisées. Certaines sont reprises dans les films visibles plus bas.
  • Les présentations. Etre filmé d’en haut, par cet oeil de surveillance. Regarder ces images collectivement. Puis, collectivement aussi, chacun prend la parole, dit son nom et ce qui lui fait peur.
  • Parler au drone. S’adresser à cet oeil volant comme si c’était quelqu’un.
  • Séparer image et son : post-synchronisation. Comme le drone n’enregistre pas le son, nous faisons de la post-synchronisation, bruitages et paroles, collectivement, sur les images muettes.
  • Séparer image et son : son direct. L’un des acteurs prend le magnétophone, qui est donc pleinement distinct de l’appareil de prise de vue. Le son est synchrone, parfois on entend le drone, parfois pas, mais surtout on entend d’autres choses que ce qui est montré, car on peut entendre ce que l’on ne voit pas, en fonction des déplacements de la personne.
  • La guerre. Représentation de la guerre, filmée d’en haut, chacun, au sol, ayant son territoire, dans une bataille de polochons !
  • Filmer notre territoire. Filmer d’en haut, découvrir l’univers quotidien dans un autre point de vue, auquel nous n’avons généralement pas droit.
  • Filmer le jeu. Jouer au foot, filmer quoi ? Filmer la balle, abattre le drone avec la balle. Jouer au basket...
  • Le vent. Lorsque le drone s’envole, il chasse les feuilles autour de lui. Poésie de l’action de l’oeil sur le monde.
  • Suivre. Suivre le mouvement de quelqu’un. Beaucoup plus difficile à faire qu’il n’y paraît.
  • Exercices de style. Prendre un sujet commun, des footballeurs en l’occurence, et les filmer, chacun à sa façon, certains regardant d’au dessus, d’autres faisant un parcours entre eux, d’autres encore regardant de l’extérieur.
  • Piloter ensemble. En intérieur, un participant tient la tablette qui permet de contrôler le drone, dont l’image est reprise en vidéoprojection, donc tout le monde voit en direct l’image produite, et peut intervenir, débattre sur les images que l’on souhaite faire, être saisi par la différence entre regard intérieur et regard extérieur.
  • Apprendre à piloter. Tout simplement, entrer matériellement dans cette abstraction particulière qui consiste à porter son regard d’ailleurs que de son propre corps. Certains sont très à l’aise tout de suite, donc ont plus à travailler.
  • Organiser la projection. La projection est le moment le plus important, sans doute, car il donne sens et finalité au travail réalisé. Préparer la salle, faire des gateaux, accueillir, parler avant la projection, sont des gestes symboliques très importants.

L’image ne se donne pas

Il est vraiment difficile de piloter, de cadrer en même temps, avec tous les impondérables, liés à la maîtrise d’une technique, tout de même encore relativement rudimentaire, et aux éléments, obstacles vent, arbres, barrières, murs, maisons, angles des rues, escaliers... A un moment même, à la fin du deuxième jour du workshop, à la faveur d’un grand coup de vent, le drone est allé s’abîmer sur le toit d’un immeuble de cinq étages. Nous en avions perdu le contrôle. L’objet, non seulement, nous avait échappé, peut-être pour toujours, mais contenait aussi les images du tournage de la journée. Il a fallu, avec les jeunes, aller en quête, concrète, des images : comprendre de quel immeuble il s’agissait, l’entrée étant dans une autre rue, trouver les gens qui habitent au dernier étage, puis, de chez eux, grimper sur le toit (je m’en suis occupé...), et y ramper pour continuer la quête, pendant que le mistral montait, à la nuit, ne pas le trouver, et finalement, apercevoir, au loin, les deux petites DEL rouges de la machine, pour enfin réussir à le rapporter !

L’équipe

J’étais, au quotidien, accompagné par Tristan Fraipont, artiste et responsable des ateliers à La Compagnie, pour inventer au fil des heures le travail et son sens avec les participants, dans une très belle collaboration. Dehors, par exemple, des jeunes gens, non inscrits à l’atelier, sont venus rejoindre la dynamique et ont continué l’atelier. Parmi les participants, Mohamed Louarma, jeune homme de 17 ans qui a beaucoup piloté le drone, et Sand, jeune artiste marseillaise, très impliquée, aussi dans la création sonore et les montages des films.

Films réalisés

Toutes les expériences n’ont pas donné lieu à des films finalisés, voici ceux qui furent présentés lors de la séance de restitution du workshop.
thumbnail Benoît Labourdette

Cuisine


Cuisine Inventer des formes artistiques, filmées avec drone. La Compagnie, lieu de création contemporaine à Marseille, dirigée par Paul-Emmanuel Odin, m’a invité pour proposer aux jeunes du quartier, central et très populaire de Marseille où elle se trouve, un workshop de création audiovisuelle avec drone. Pendant trois jours, des jeunes gens, de tous âges et horizons, sont venus, pour des moments plus ou moins longs, expérimenter en ma compagnie un travail d’imagination avec le regard étrange de cet objet volant, qui entre en ce moment doucement dans notre quotidien.

Le sens d’un atelier audiovisuel avec drone

Le drone, longtemps seulement objet militaire de surveillance et de mort (principalement depuis la guerre du Golfe dans les années 1990), est depuis quelques années aussi un objet d’aide à l’agriculture, à l’archéologie, de prise de vue, et bientôt un objet « social », de prise de vue personnelle, ou de livraison, de commerce (les Etats Unis ouvrant leur espace aérien à l’usage commercial à partir de septembre 2015), etc. Il fait aussi des images, et se dirige par cette vision « en immersion » (on voit, à distance, ce que voit le drone). C’est donc aussi un objet de représentation du monde, dont le « regard » va faire de plus en plus partie de notre vie. Mais quel est ce regard ? D’où regarde-t-on ? On sait aujourd’hui que nous vivons une partie de notre vie dans les images, notamment celles que nous produisons, et diffusons quotidiennement. Mais alors, quelles sont ces nouvelles images, qui vont changer notre vie ? Il me semble que proposer à des personnes de s’approprier ces images, d’inventer, d’écrire avec, de détourner les usages premiers de ces appareils, de jouer avec, est non seulement ludique, créatif, un lieu nouveau d’expression et de sujets, mais est aussi très important pour construire notre propre relation, libre, à ces nouveaux modes de représentation en train de se construire en ce moment, sans qu’on en ait bien conscience. Le « monde vu d’en haut » est une représentation, via la cartographie notamment, que nous utilisons au quotidien, qui fait partie de notre imaginaire collectif, mais dont la fabrication nous échappe, est préemptée par des grandes industries. Si l’on fait, soi-même, des images vues d’en haut, c’est une relation assez saisissante, une « prise de pouvoir », une démystification, très enrichissante, à fortiori si, avec ces images, on essaie de construire et transmettre quelque chose de sensible, son imaginaire, aux autres. Le « regard désincarné » de ces machines est une vision qui emplit de plus en plus notre imagerie. En effet, avant le drone, lorsqu’on filmait ou que l’on prenait une photo, il y avait un corps derrière l’appareil de prise de vue. Si quelqu’un regarde l’objectif, sur une photo, c’est qu’il regarde le photographe qui est derrière. Ainsi, l’image était incarnée. Par contre, dans un univers virtuel (jeu en 3D par exemple), l’on place la caméra où l’on veut, pour voir son propre corps transposé, son avatar. Donc l’image que l’on voit n’est plus incarnée, elle est flottante, « désincarnée ». Le drone, qui est une sorte de programme ayant pris corps (car c’est par le logiciel, analysant de façon automatique les informations qui lui arrivent de multiples capteurs, qui pilote quatre hélices, qu’il se dirige et se place où il veut dans l’espace), nous fait donc voir notre monde réel par le regard virtuel… Alors qui regarde ? Où est-on, quand on voit ces images ? Qui est-on, peut-être, puisque le partage du regard ne passe plus par un corps physique ? Que devient notre corps, dans ce monde ? C’est pour aborder, par la créativité, toutes ces questions, que se déploie, pour moi, le sens d’un tel type d’atelier proposé à des jeunes.

Le souffle du regard...

Dans ce workshop, les groupes ne venant parfois que pour peu de temps, j’ai conçu, et adapté en fonction des publics, des propositions de création collective, concrètes, ludiques et productives, que je vous résume ici de façon synthétique, et dont vous pouvez voir (plus bas dans la page) quelques unes des expériences filmées qui en résultent. L’objectif donné aux participants était, explicitement, de créer, avec cet objet, de courts films, qui allaient être présentés publiquement le soir du dernier jour du workshop. Paul-Emmanuel Odin nous a fait remarquer que lorsqu’on est filmé avec un drone, les hélices, qui tournent très vite et font un grand vent, nous soufflent dessus. Ainsi, c’est un regard qui nous souffle dessus. Etonnante métaphore philosophique, quand on sait que (merci à Chantal Deckmyn), la racine du mot « psyché » (l’esprit) est « psy- », c’est à dire le souffle. Le souffle de l’esprit, ce mouvement qui entraîne le langage, matérialisé dans le dispositif de fabrication d’images par les drones.

Les propositions de travail

Au fil du travail, nous avons exploré, inventé, ces propositions, ici synthétisées. Certaines sont reprises dans les films visibles plus bas.
  • Les présentations. Etre filmé d’en haut, par cet oeil de surveillance. Regarder ces images collectivement. Puis, collectivement aussi, chacun prend la parole, dit son nom et ce qui lui fait peur.
  • Parler au drone. S’adresser à cet oeil volant comme si c’était quelqu’un.
  • Séparer image et son : post-synchronisation. Comme le drone n’enregistre pas le son, nous faisons de la post-synchronisation, bruitages et paroles, collectivement, sur les images muettes.
  • Séparer image et son : son direct. L’un des acteurs prend le magnétophone, qui est donc pleinement distinct de l’appareil de prise de vue. Le son est synchrone, parfois on entend le drone, parfois pas, mais surtout on entend d’autres choses que ce qui est montré, car on peut entendre ce que l’on ne voit pas, en fonction des déplacements de la personne.
  • La guerre. Représentation de la guerre, filmée d’en haut, chacun, au sol, ayant son territoire, dans une bataille de polochons !
  • Filmer notre territoire. Filmer d’en haut, découvrir l’univers quotidien dans un autre point de vue, auquel nous n’avons généralement pas droit.
  • Filmer le jeu. Jouer au foot, filmer quoi ? Filmer la balle, abattre le drone avec la balle. Jouer au basket...
  • Le vent. Lorsque le drone s’envole, il chasse les feuilles autour de lui. Poésie de l’action de l’oeil sur le monde.
  • Suivre. Suivre le mouvement de quelqu’un. Beaucoup plus difficile à faire qu’il n’y paraît.
  • Exercices de style. Prendre un sujet commun, des footballeurs en l’occurence, et les filmer, chacun à sa façon, certains regardant d’au dessus, d’autres faisant un parcours entre eux, d’autres encore regardant de l’extérieur.
  • Piloter ensemble. En intérieur, un participant tient la tablette qui permet de contrôler le drone, dont l’image est reprise en vidéoprojection, donc tout le monde voit en direct l’image produite, et peut intervenir, débattre sur les images que l’on souhaite faire, être saisi par la différence entre regard intérieur et regard extérieur.
  • Apprendre à piloter. Tout simplement, entrer matériellement dans cette abstraction particulière qui consiste à porter son regard d’ailleurs que de son propre corps. Certains sont très à l’aise tout de suite, donc ont plus à travailler.
  • Organiser la projection. La projection est le moment le plus important, sans doute, car il donne sens et finalité au travail réalisé. Préparer la salle, faire des gateaux, accueillir, parler avant la projection, sont des gestes symboliques très importants.

L’image ne se donne pas

Il est vraiment difficile de piloter, de cadrer en même temps, avec tous les impondérables, liés à la maîtrise d’une technique, tout de même encore relativement rudimentaire, et aux éléments, obstacles vent, arbres, barrières, murs, maisons, angles des rues, escaliers... A un moment même, à la fin du deuxième jour du workshop, à la faveur d’un grand coup de vent, le drone est allé s’abîmer sur le toit d’un immeuble de cinq étages. Nous en avions perdu le contrôle. L’objet, non seulement, nous avait échappé, peut-être pour toujours, mais contenait aussi les images du tournage de la journée. Il a fallu, avec les jeunes, aller en quête, concrète, des images : comprendre de quel immeuble il s’agissait, l’entrée étant dans une autre rue, trouver les gens qui habitent au dernier étage, puis, de chez eux, grimper sur le toit (je m’en suis occupé...), et y ramper pour continuer la quête, pendant que le mistral montait, à la nuit, ne pas le trouver, et finalement, apercevoir, au loin, les deux petites DEL rouges de la machine, pour enfin réussir à le rapporter !

L’équipe

J’étais, au quotidien, accompagné par Tristan Fraipont, artiste et responsable des ateliers à La Compagnie, pour inventer au fil des heures le travail et son sens avec les participants, dans une très belle collaboration. Dehors, par exemple, des jeunes gens, non inscrits à l’atelier, sont venus rejoindre la dynamique et ont continué l’atelier. Parmi les participants, Mohamed Louarma, jeune homme de 17 ans qui a beaucoup piloté le drone, et Sand, jeune artiste marseillaise, très impliquée, aussi dans la création sonore et les montages des films.

Films réalisés

Toutes les expériences n’ont pas donné lieu à des films finalisés, voici ceux qui furent présentés lors de la séance de restitution du workshop.
thumbnail Benoît Labourdette

Foot


Foot Inventer des formes artistiques, filmées avec drone. La Compagnie, lieu de création contemporaine à Marseille, dirigée par Paul-Emmanuel Odin, m’a invité pour proposer aux jeunes du quartier, central et très populaire de Marseille où elle se trouve, un workshop de création audiovisuelle avec drone. Pendant trois jours, des jeunes gens, de tous âges et horizons, sont venus, pour des moments plus ou moins longs, expérimenter en ma compagnie un travail d’imagination avec le regard étrange de cet objet volant, qui entre en ce moment doucement dans notre quotidien.

Le sens d’un atelier audiovisuel avec drone

Le drone, longtemps seulement objet militaire de surveillance et de mort (principalement depuis la guerre du Golfe dans les années 1990), est depuis quelques années aussi un objet d’aide à l’agriculture, à l’archéologie, de prise de vue, et bientôt un objet « social », de prise de vue personnelle, ou de livraison, de commerce (les Etats Unis ouvrant leur espace aérien à l’usage commercial à partir de septembre 2015), etc. Il fait aussi des images, et se dirige par cette vision « en immersion » (on voit, à distance, ce que voit le drone). C’est donc aussi un objet de représentation du monde, dont le « regard » va faire de plus en plus partie de notre vie. Mais quel est ce regard ? D’où regarde-t-on ? On sait aujourd’hui que nous vivons une partie de notre vie dans les images, notamment celles que nous produisons, et diffusons quotidiennement. Mais alors, quelles sont ces nouvelles images, qui vont changer notre vie ? Il me semble que proposer à des personnes de s’approprier ces images, d’inventer, d’écrire avec, de détourner les usages premiers de ces appareils, de jouer avec, est non seulement ludique, créatif, un lieu nouveau d’expression et de sujets, mais est aussi très important pour construire notre propre relation, libre, à ces nouveaux modes de représentation en train de se construire en ce moment, sans qu’on en ait bien conscience. Le « monde vu d’en haut » est une représentation, via la cartographie notamment, que nous utilisons au quotidien, qui fait partie de notre imaginaire collectif, mais dont la fabrication nous échappe, est préemptée par des grandes industries. Si l’on fait, soi-même, des images vues d’en haut, c’est une relation assez saisissante, une « prise de pouvoir », une démystification, très enrichissante, à fortiori si, avec ces images, on essaie de construire et transmettre quelque chose de sensible, son imaginaire, aux autres. Le « regard désincarné » de ces machines est une vision qui emplit de plus en plus notre imagerie. En effet, avant le drone, lorsqu’on filmait ou que l’on prenait une photo, il y avait un corps derrière l’appareil de prise de vue. Si quelqu’un regarde l’objectif, sur une photo, c’est qu’il regarde le photographe qui est derrière. Ainsi, l’image était incarnée. Par contre, dans un univers virtuel (jeu en 3D par exemple), l’on place la caméra où l’on veut, pour voir son propre corps transposé, son avatar. Donc l’image que l’on voit n’est plus incarnée, elle est flottante, « désincarnée ». Le drone, qui est une sorte de programme ayant pris corps (car c’est par le logiciel, analysant de façon automatique les informations qui lui arrivent de multiples capteurs, qui pilote quatre hélices, qu’il se dirige et se place où il veut dans l’espace), nous fait donc voir notre monde réel par le regard virtuel… Alors qui regarde ? Où est-on, quand on voit ces images ? Qui est-on, peut-être, puisque le partage du regard ne passe plus par un corps physique ? Que devient notre corps, dans ce monde ? C’est pour aborder, par la créativité, toutes ces questions, que se déploie, pour moi, le sens d’un tel type d’atelier proposé à des jeunes.

Le souffle du regard...

Dans ce workshop, les groupes ne venant parfois que pour peu de temps, j’ai conçu, et adapté en fonction des publics, des propositions de création collective, concrètes, ludiques et productives, que je vous résume ici de façon synthétique, et dont vous pouvez voir (plus bas dans la page) quelques unes des expériences filmées qui en résultent. L’objectif donné aux participants était, explicitement, de créer, avec cet objet, de courts films, qui allaient être présentés publiquement le soir du dernier jour du workshop. Paul-Emmanuel Odin nous a fait remarquer que lorsqu’on est filmé avec un drone, les hélices, qui tournent très vite et font un grand vent, nous soufflent dessus. Ainsi, c’est un regard qui nous souffle dessus. Etonnante métaphore philosophique, quand on sait que (merci à Chantal Deckmyn), la racine du mot « psyché » (l’esprit) est « psy- », c’est à dire le souffle. Le souffle de l’esprit, ce mouvement qui entraîne le langage, matérialisé dans le dispositif de fabrication d’images par les drones.

Les propositions de travail

Au fil du travail, nous avons exploré, inventé, ces propositions, ici synthétisées. Certaines sont reprises dans les films visibles plus bas.
  • Les présentations. Etre filmé d’en haut, par cet oeil de surveillance. Regarder ces images collectivement. Puis, collectivement aussi, chacun prend la parole, dit son nom et ce qui lui fait peur.
  • Parler au drone. S’adresser à cet oeil volant comme si c’était quelqu’un.
  • Séparer image et son : post-synchronisation. Comme le drone n’enregistre pas le son, nous faisons de la post-synchronisation, bruitages et paroles, collectivement, sur les images muettes.
  • Séparer image et son : son direct. L’un des acteurs prend le magnétophone, qui est donc pleinement distinct de l’appareil de prise de vue. Le son est synchrone, parfois on entend le drone, parfois pas, mais surtout on entend d’autres choses que ce qui est montré, car on peut entendre ce que l’on ne voit pas, en fonction des déplacements de la personne.
  • La guerre. Représentation de la guerre, filmée d’en haut, chacun, au sol, ayant son territoire, dans une bataille de polochons !
  • Filmer notre territoire. Filmer d’en haut, découvrir l’univers quotidien dans un autre point de vue, auquel nous n’avons généralement pas droit.
  • Filmer le jeu. Jouer au foot, filmer quoi ? Filmer la balle, abattre le drone avec la balle. Jouer au basket...
  • Le vent. Lorsque le drone s’envole, il chasse les feuilles autour de lui. Poésie de l’action de l’oeil sur le monde.
  • Suivre. Suivre le mouvement de quelqu’un. Beaucoup plus difficile à faire qu’il n’y paraît.
  • Exercices de style. Prendre un sujet commun, des footballeurs en l’occurence, et les filmer, chacun à sa façon, certains regardant d’au dessus, d’autres faisant un parcours entre eux, d’autres encore regardant de l’extérieur.
  • Piloter ensemble. En intérieur, un participant tient la tablette qui permet de contrôler le drone, dont l’image est reprise en vidéoprojection, donc tout le monde voit en direct l’image produite, et peut intervenir, débattre sur les images que l’on souhaite faire, être saisi par la différence entre regard intérieur et regard extérieur.
  • Apprendre à piloter. Tout simplement, entrer matériellement dans cette abstraction particulière qui consiste à porter son regard d’ailleurs que de son propre corps. Certains sont très à l’aise tout de suite, donc ont plus à travailler.
  • Organiser la projection. La projection est le moment le plus important, sans doute, car il donne sens et finalité au travail réalisé. Préparer la salle, faire des gateaux, accueillir, parler avant la projection, sont des gestes symboliques très importants.

L’image ne se donne pas

Il est vraiment difficile de piloter, de cadrer en même temps, avec tous les impondérables, liés à la maîtrise d’une technique, tout de même encore relativement rudimentaire, et aux éléments, obstacles vent, arbres, barrières, murs, maisons, angles des rues, escaliers... A un moment même, à la fin du deuxième jour du workshop, à la faveur d’un grand coup de vent, le drone est allé s’abîmer sur le toit d’un immeuble de cinq étages. Nous en avions perdu le contrôle. L’objet, non seulement, nous avait échappé, peut-être pour toujours, mais contenait aussi les images du tournage de la journée. Il a fallu, avec les jeunes, aller en quête, concrète, des images : comprendre de quel immeuble il s’agissait, l’entrée étant dans une autre rue, trouver les gens qui habitent au dernier étage, puis, de chez eux, grimper sur le toit (je m’en suis occupé...), et y ramper pour continuer la quête, pendant que le mistral montait, à la nuit, ne pas le trouver, et finalement, apercevoir, au loin, les deux petites DEL rouges de la machine, pour enfin réussir à le rapporter !

L’équipe

J’étais, au quotidien, accompagné par Tristan Fraipont, artiste et responsable des ateliers à La Compagnie, pour inventer au fil des heures le travail et son sens avec les participants, dans une très belle collaboration. Dehors, par exemple, des jeunes gens, non inscrits à l’atelier, sont venus rejoindre la dynamique et ont continué l’atelier. Parmi les participants, Mohamed Louarma, jeune homme de 17 ans qui a beaucoup piloté le drone, et Sand, jeune artiste marseillaise, très impliquée, aussi dans la création sonore et les montages des films.

Films réalisés

Toutes les expériences n’ont pas donné lieu à des films finalisés, voici ceux qui furent présentés lors de la séance de restitution du workshop.
thumbnail Benoît Labourdette

Ombre


Ombre Inventer des formes artistiques, filmées avec drone. La Compagnie, lieu de création contemporaine à Marseille, dirigée par Paul-Emmanuel Odin, m’a invité pour proposer aux jeunes du quartier, central et très populaire de Marseille où elle se trouve, un workshop de création audiovisuelle avec drone. Pendant trois jours, des jeunes gens, de tous âges et horizons, sont venus, pour des moments plus ou moins longs, expérimenter en ma compagnie un travail d’imagination avec le regard étrange de cet objet volant, qui entre en ce moment doucement dans notre quotidien.

Le sens d’un atelier audiovisuel avec drone

Le drone, longtemps seulement objet militaire de surveillance et de mort (principalement depuis la guerre du Golfe dans les années 1990), est depuis quelques années aussi un objet d’aide à l’agriculture, à l’archéologie, de prise de vue, et bientôt un objet « social », de prise de vue personnelle, ou de livraison, de commerce (les Etats Unis ouvrant leur espace aérien à l’usage commercial à partir de septembre 2015), etc. Il fait aussi des images, et se dirige par cette vision « en immersion » (on voit, à distance, ce que voit le drone). C’est donc aussi un objet de représentation du monde, dont le « regard » va faire de plus en plus partie de notre vie. Mais quel est ce regard ? D’où regarde-t-on ? On sait aujourd’hui que nous vivons une partie de notre vie dans les images, notamment celles que nous produisons, et diffusons quotidiennement. Mais alors, quelles sont ces nouvelles images, qui vont changer notre vie ? Il me semble que proposer à des personnes de s’approprier ces images, d’inventer, d’écrire avec, de détourner les usages premiers de ces appareils, de jouer avec, est non seulement ludique, créatif, un lieu nouveau d’expression et de sujets, mais est aussi très important pour construire notre propre relation, libre, à ces nouveaux modes de représentation en train de se construire en ce moment, sans qu’on en ait bien conscience. Le « monde vu d’en haut » est une représentation, via la cartographie notamment, que nous utilisons au quotidien, qui fait partie de notre imaginaire collectif, mais dont la fabrication nous échappe, est préemptée par des grandes industries. Si l’on fait, soi-même, des images vues d’en haut, c’est une relation assez saisissante, une « prise de pouvoir », une démystification, très enrichissante, à fortiori si, avec ces images, on essaie de construire et transmettre quelque chose de sensible, son imaginaire, aux autres. Le « regard désincarné » de ces machines est une vision qui emplit de plus en plus notre imagerie. En effet, avant le drone, lorsqu’on filmait ou que l’on prenait une photo, il y avait un corps derrière l’appareil de prise de vue. Si quelqu’un regarde l’objectif, sur une photo, c’est qu’il regarde le photographe qui est derrière. Ainsi, l’image était incarnée. Par contre, dans un univers virtuel (jeu en 3D par exemple), l’on place la caméra où l’on veut, pour voir son propre corps transposé, son avatar. Donc l’image que l’on voit n’est plus incarnée, elle est flottante, « désincarnée ». Le drone, qui est une sorte de programme ayant pris corps (car c’est par le logiciel, analysant de façon automatique les informations qui lui arrivent de multiples capteurs, qui pilote quatre hélices, qu’il se dirige et se place où il veut dans l’espace), nous fait donc voir notre monde réel par le regard virtuel… Alors qui regarde ? Où est-on, quand on voit ces images ? Qui est-on, peut-être, puisque le partage du regard ne passe plus par un corps physique ? Que devient notre corps, dans ce monde ? C’est pour aborder, par la créativité, toutes ces questions, que se déploie, pour moi, le sens d’un tel type d’atelier proposé à des jeunes.

Le souffle du regard...

Dans ce workshop, les groupes ne venant parfois que pour peu de temps, j’ai conçu, et adapté en fonction des publics, des propositions de création collective, concrètes, ludiques et productives, que je vous résume ici de façon synthétique, et dont vous pouvez voir (plus bas dans la page) quelques unes des expériences filmées qui en résultent. L’objectif donné aux participants était, explicitement, de créer, avec cet objet, de courts films, qui allaient être présentés publiquement le soir du dernier jour du workshop. Paul-Emmanuel Odin nous a fait remarquer que lorsqu’on est filmé avec un drone, les hélices, qui tournent très vite et font un grand vent, nous soufflent dessus. Ainsi, c’est un regard qui nous souffle dessus. Etonnante métaphore philosophique, quand on sait que (merci à Chantal Deckmyn), la racine du mot « psyché » (l’esprit) est « psy- », c’est à dire le souffle. Le souffle de l’esprit, ce mouvement qui entraîne le langage, matérialisé dans le dispositif de fabrication d’images par les drones.

Les propositions de travail

Au fil du travail, nous avons exploré, inventé, ces propositions, ici synthétisées. Certaines sont reprises dans les films visibles plus bas.
  • Les présentations. Etre filmé d’en haut, par cet oeil de surveillance. Regarder ces images collectivement. Puis, collectivement aussi, chacun prend la parole, dit son nom et ce qui lui fait peur.
  • Parler au drone. S’adresser à cet oeil volant comme si c’était quelqu’un.
  • Séparer image et son : post-synchronisation. Comme le drone n’enregistre pas le son, nous faisons de la post-synchronisation, bruitages et paroles, collectivement, sur les images muettes.
  • Séparer image et son : son direct. L’un des acteurs prend le magnétophone, qui est donc pleinement distinct de l’appareil de prise de vue. Le son est synchrone, parfois on entend le drone, parfois pas, mais surtout on entend d’autres choses que ce qui est montré, car on peut entendre ce que l’on ne voit pas, en fonction des déplacements de la personne.
  • La guerre. Représentation de la guerre, filmée d’en haut, chacun, au sol, ayant son territoire, dans une bataille de polochons !
  • Filmer notre territoire. Filmer d’en haut, découvrir l’univers quotidien dans un autre point de vue, auquel nous n’avons généralement pas droit.
  • Filmer le jeu. Jouer au foot, filmer quoi ? Filmer la balle, abattre le drone avec la balle. Jouer au basket...
  • Le vent. Lorsque le drone s’envole, il chasse les feuilles autour de lui. Poésie de l’action de l’oeil sur le monde.
  • Suivre. Suivre le mouvement de quelqu’un. Beaucoup plus difficile à faire qu’il n’y paraît.
  • Exercices de style. Prendre un sujet commun, des footballeurs en l’occurence, et les filmer, chacun à sa façon, certains regardant d’au dessus, d’autres faisant un parcours entre eux, d’autres encore regardant de l’extérieur.
  • Piloter ensemble. En intérieur, un participant tient la tablette qui permet de contrôler le drone, dont l’image est reprise en vidéoprojection, donc tout le monde voit en direct l’image produite, et peut intervenir, débattre sur les images que l’on souhaite faire, être saisi par la différence entre regard intérieur et regard extérieur.
  • Apprendre à piloter. Tout simplement, entrer matériellement dans cette abstraction particulière qui consiste à porter son regard d’ailleurs que de son propre corps. Certains sont très à l’aise tout de suite, donc ont plus à travailler.
  • Organiser la projection. La projection est le moment le plus important, sans doute, car il donne sens et finalité au travail réalisé. Préparer la salle, faire des gateaux, accueillir, parler avant la projection, sont des gestes symboliques très importants.

L’image ne se donne pas

Il est vraiment difficile de piloter, de cadrer en même temps, avec tous les impondérables, liés à la maîtrise d’une technique, tout de même encore relativement rudimentaire, et aux éléments, obstacles vent, arbres, barrières, murs, maisons, angles des rues, escaliers... A un moment même, à la fin du deuxième jour du workshop, à la faveur d’un grand coup de vent, le drone est allé s’abîmer sur le toit d’un immeuble de cinq étages. Nous en avions perdu le contrôle. L’objet, non seulement, nous avait échappé, peut-être pour toujours, mais contenait aussi les images du tournage de la journée. Il a fallu, avec les jeunes, aller en quête, concrète, des images : comprendre de quel immeuble il s’agissait, l’entrée étant dans une autre rue, trouver les gens qui habitent au dernier étage, puis, de chez eux, grimper sur le toit (je m’en suis occupé...), et y ramper pour continuer la quête, pendant que le mistral montait, à la nuit, ne pas le trouver, et finalement, apercevoir, au loin, les deux petites DEL rouges de la machine, pour enfin réussir à le rapporter !

L’équipe

J’étais, au quotidien, accompagné par Tristan Fraipont, artiste et responsable des ateliers à La Compagnie, pour inventer au fil des heures le travail et son sens avec les participants, dans une très belle collaboration. Dehors, par exemple, des jeunes gens, non inscrits à l’atelier, sont venus rejoindre la dynamique et ont continué l’atelier. Parmi les participants, Mohamed Louarma, jeune homme de 17 ans qui a beaucoup piloté le drone, et Sand, jeune artiste marseillaise, très impliquée, aussi dans la création sonore et les montages des films.

Films réalisés

Toutes les expériences n’ont pas donné lieu à des films finalisés, voici ceux qui furent présentés lors de la séance de restitution du workshop.
thumbnail Benoît Labourdette