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Commissions, jurys, expertises

Ici des informations, qui peuvent être utiles, au sujet de commissions, jurys, expertises, auxquels je participe.

Ministère de la culture - Consultation nationale sur l’éducation artistique et culturelle

29 novembre 2012

Le Ministère de la Culture et de la Communication a lancé en novembre 2012 une « Consultation nationale sur l’éducation artistique et culturelle », pour : « permettre à tous les jeunes, sur tous les territoires, d’accéder à l’art et à la culture, de la petite enfance à l’université ».

J’ai été l’une des 60 personnes choisies pour être auditionnées dans le cadre de cette commission.

L’ensemble des contributions, sur la base desquelles des propositions de loi vont être faites, est en ligne sur le site dédié.

Texte complet de la contribution de Benoît Labourdette

Benoît Labourdette est producteur, réalisateur, pédagogue, spécialiste du numérique

L’éducation artistique et culturelle, et le numérique

L’éducation artistique et culturelle doit prendre en compte le numérique. Il y a comme une évidence à affirmer cela, puisque nous baignons tous, adultes, jeunes, personnes âgées, dans un monde où nos échanges interpersonnels et culturels passent désormais majoritairement par leur numérisation. Une simple conversation par téléphone portable, la moindre visite sur un site internet, une photo, un email ou son profil Facebook, un film téléchargé ou vu au cinéma, une petite musique dans son casque ou à la radio, la bête télévision allumée... tout est numérisé, codé sous forme de 0 et de 1 transmis à grande vitesse. C’est notre quotidien.

Tout le monde ne peut que s’accorder sur l’importance de la prise en compte, dans le champ de l’éducation, du numérique. Cela aussi semble évident. Mais creusons un peu : Pourquoi prendre en compte le numérique, quels enjeux y posons-nous ? Et comment le fait-on ? En achetant du matériel pour les écoles ?

Depuis les années 80, une culture industrieuse de l’éducation a proposé, à intervalles réguliers, des équipements dans les établissements scolaires et les lieux d’éducation populaire. Il fallait découvrir ces nouveaux outils modernes, y donner un accès, car ils ne faisaient pas partie du quotidien. Aujourd’hui encore, les équipements massifs en tableaux numériques dans les classes, en ordinateurs portables « donnés » aux collégiens, mobilisent des budgets très importants et donnent aux responsables politiques la bonne conscience d’avoir traité le sujet « numérique ». Il n’en est rien.

Nous sommes en 2013. Tout le monde a un téléphone portable (7 milliards d’appareils sur terre). Tout le monde (mais pas tout à fait, c’est une nuance importante) utilise Internet dans sa vie quotidienne. La production et la transmission massive de textes, d’images et de sons (ce qu’on nomme le « web 2.0 », c’est à dire le web nourri par les productions de ses utilisateurs) inscrivent de nouvelles façons de vivre, d’être au monde, à l’autre. Ces échanges interpersonnels via le numérique sont suscités, encouragés, souvent dirigés même par ces nouveaux industriels qui se nomment Google, Facebook et autres. Tout semble gratuit. Alors d’où viennent les gigantesques revenus de ces sociétés tentaculaires ? Ils viennent de la publicité contextuelle, qui accompagne tous nos échanges, qui sont ciblées en lisant les contenus de nos emails, en s’appuyant sur nos critères de recherche, sur nos lieux réels d’intérêt, grâce à la géolocalisation de nos téléphones, etc. Pourquoi pas ? Bien-sûr, pourquoi pas.

Mais une chose essentielle dans notre vie a changé avec le numérique, que l’éducation se doit impérativement de prendre en compte : tous nos échanges, toutes nos productions personnelles, sont devenus publics. L’espace privé n’est plus, ou presque. Google sait déjà ce que nous allons, ce que nous pourrons penser, avant même que nous le pensions (nous en faisons tous les jours l’expérience en écrivant dans notre moteur de recherche). Il ne s’agit pas de porter la charge contre Google ou Facebook, qui sont, avant tout, des outils merveilleux d’appropriation du monde et des relations. Il s’agit de prendre la mesure des nouvelles responsabilités, individuelles et collectives, de tout un chacun. Dans le passé, rendre public quelque chose (un texte, une image, un livre, un journal, un film, une émission de télévision ou de radio) était réservé à des professionnels, formés pour la responsabilité de ces métiers, organisés autour de systèmes déontologiques qui se construisaient dans des études supérieures adaptées (écoles de journalisme, d’art, de télévision, de cinéma, de radio). Aujourd’hui, dès l’enfance et la pratique des MMORPG (jeux massivement multijoueurs), avant même le téléphone portable, l’être humain produit des gestes, des textes, des sons, des images, des choix, qui sont publics, partagés, exploités par les nouvelles structures de l’économie marchande.

On sait à quel point une image ou un mot, transmis trop vite sur son profil Facebook, peuvent profondément handicaper la vie de quelqu’un, parfois pour très longtemps et de façon très profonde. On en a tous de nombreux exemples autour de nous.

Les échanges dans le champ numérique, dans leur diversité, constituent un nouveau langage, et surtout d’immenses responsabilités (auparavant réservées aux professionnels des métiers de la communication), personnelles et collectives. Ce n’est pas parce qu’on utilise des outils qu’on en a la maîtrise, qu’on est conscients des enjeux, des conséquences, de nos actes. Personne ne maîtrise rien, personne ne sait. Pas plus les adultes avec leurs peurs irraisonnées que les jeunes avec leurs aventures au quotidien dans ces espaces.

Pourquoi le numérique dans l’éducation ?

Être plus conscients de ce que l’on fait, de la géographie, mouvante, de ces espaces dans lesquels nous vivons. Pourquoi ? Pour se donner la chance d’y construire de la démocratie, de la liberté, une société tout simplement (c’est à dire ne pas y laisser s’y installer une loi de la jungle).

Comment ? Par une éducation artistique et culturelle adaptée.

Il faut apprendre, inventer même, la grammaire de ces nouveaux langages, que nous pratiquons dans une sorte d’oralité compulsive, tous autant que nous sommes. Comment faire, alors même que ces nouveaux langages n’ont pas encore de règles, de codes établis ? Encore une fois, personne ne sait. Personne ne peut vous expliquer, personne ne peut encore distinguer le bien du mal dans ces espaces. Alors comment faire ? Proposer des pratiques créatives, c’est ainsi que l’on s’approprie un langage. Par exemple, on n’apprend pas le français en récitant des règles de grammaire ou de conjugaison (cela n’a jamais marché...), mais en écrivant un poème ou une nouvelle, en s’appropriant la langue pour s’exprimer, pour construire et donner quelque chose à l’autre, en étant encadré, oui, pour produire, de façon autonome, un acte généreux. Éduquer, ce n’est pas seulement transmettre un savoir, c’est donner à celui qu’on éduque l’espace, l’autonomie dans un cadre défini, de son expression personnelle, de son apport au monde, c’est être à l’écoute de ce qu’il va produire, pour lui permettre de s’approprier, de faire sien, réellement, le langage, le savoir. Pour que cela fonctionne, il faut donner leur pleine et entière valeur aux productions ainsi réalisées, c’est crucial, et cela amène à repenser, parfois très en profondeur, les dispositifs pédagogiques.

Il faut mettre en place des « ateliers d’écriture » avec le numérique dans toutes ses dimensions (réalisation de films avec téléphone portable, production de sites et d’applications, productions graphiques et musicales, etc). Il faut proposer des usages différents de nos outils quotidiens. Les outils du numérique sont exactement comme le stylo. Il ne viendrait, dans nos contrées, à l’idée de personne que distribuer des stylos à des enfants serait suffisant pour qu’ils apprennent à écrire... car ils ont déjà des stylos. Ils les utilisent pour bien des choses, mais pas forcément pour apprendre et s’approprier la langue, ce qui est pourtant indispensable à la vie. La fonction éducative est d’ouvrir des espaces différents, exceptionnels, formateurs, d’un autre usage, créatif, raisonné, constructif, du stylo. Il faut faire la même chose pour le numérique. Les jeunes sont déjà équipés (pour la majorité). Ce qu’ils n’ont pas, c’est l’ouverture à des espaces d’expression encadrés donc constructifs, avec le numérique. Les espaces d’expression, c’est précisément le domaine de l’art et de la culture.

Propositions

Il faut :

  1. Former les enseignants et animateurs à la mise en place de pratiques créatives avec le numérique et accompagner l’évolution des programmes scolaires.
  2. Multiplier les intervenants extérieurs dans les établissements scolaires et d’éducation populaire.
  3. S’adresser aux publics qui sont dans la « fracture » numérique, car il y en a plus qu’on ne le pense, même si c’est une minorité.
  4. Coordonner, au niveau national, une pensée éclairée de ces actions.
  5. Prendre en compte la diversité et la qualité du travail de terrain qui existe déjà, s’en inspirer et s’appuyer dessus.

Composition du comité de pilotage de la commission

Présidente :
- Marie Desplechin, écrivain

Rapporteur :
- Jérôme Bouet, inspecteur général des affaires culturelles

Personnalités du monde de la culture, de la recherche et de l’éducation :
- Sylvain Groud, chorégraphe
- Marie-José Mondzain, philosophe
- Anne Barrère, sociologue de l’éducation
- Françoise Legendre, directrice de bibliothèque, Le Havre
- Marianne Alphant, historienne et critique d’art, écrivain
- Lucien Pietron, principal de collège, Metz

Élus :
- Nicole Belloubet, vice-présidente du conseil régional de Midi-Pyrénées, présidente du
groupe de travail « la réussite scolaire pour tous » de la concertation pour la refondation
de l’Ecole de la République
- Françoise Polnecq, vice-présidente du conseil général du Nord
- Vincent Eblé, président du conseil général de Seine-et-Marne
- Yves Fournel, adjoint au maire de Lyon, président du Réseau Français des Villes Éducatrices
- Pascal Jaillet, adjoint au maire de Cosne-sur-Loire

Représentants des ministères en charge de :

la Culture :
- François Marie, chargé de mission « éducation artistique et culturelle » - Secrétariat général
- Jacqueline Broll, conseillère « éducation artistique et culturelle » en Drac Rhône-Alpes

l’Éducation nationale :
- Jean-Yves Moirin, inspecteur général de l’Education nationale pour les arts plastiques,
doyen du groupe « enseignements et éducation artistiques ».
- Agnès Pigler, déléguée académique à l’action culturelle de l’académie de Dijon

la Jeunesse :
- Catherine Lapoix, sous-directrice des politiques de la jeunesse en binôme avec
Elodie Sans Chagrin, chargée des pratiques culturelles au bureau des actions territoriales
et interministèrielles

l’Enseignement supérieur :
- Martine Laforgue, adjointe au chef du département de l’égalité des chances
l’Agriculture :
- Emmanuel Hémery, chef du bureau de la vie scolaire, étudiante et de l’insertion

Les 5 thématiques de la consultation

- Développer et articuler les actions proposées aux jeunes pendant leurs différents temps de vie.
- Favoriser une approche territoriale et partenariale de l’éducation artistique et culturelle.
- Prendre en compte la diversité des modes d’accès des jeunes à l’art et à la culture.
- Le numérique et les nouveaux médias : quelle place dans l’éducation artistique et culturelle ?
- Mieux former les acteurs.



Intervention orale de Benoît Labourdette (29/11/2012)

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